lundi 1 novembre 2010

Suite "Chasse à la Vie" de moi-même...

La venue de ma famille à Zouerate :

Après les douloureux évènements qui ont bouleversés les mines de Zouerate, mes parents sur la pression de ma mère se déplacèrent à Zouerate pour s’assurer de ma survie, en effet, j’avais participé en toute solidarité à ces mouvements de mai 1968, qui comme il se doit ont provoqué la plus grande révolte jamais connue dans les annales de l’histoire de la Mine d’une part et de la Mauritanie d’autre part.
Après donc, ces évènements, ma mère avait décidée de venir à Zouerate pour s’enquérir de mes nouvelles, elle apprit que j’étais parmi les disparus lors des évènements, pendant cette terrible épreuve,
Cependant, après que tous ces évènements aient été terminés je m’étais installé chez la famille de Ehel NAKH, Ahmed Baba, Secrétaire Général du PPM, et Chef de Bureau des Douanes pour laquelle je travaillais, comme boy cuisinier avec un salaire de 1.500 FCFA mensuellement.
Un jour de fête, je crois, j’ai reçu la visite chez mon patron, du fils de mon père adoptif, qui est également mon frère, il travaille à la Miferma en qualité de soudeur, qui m’annonçât l’arrivée de ma mère à Zouerate.

- Alioune, la maman est venue avec les membres de la famille y compris ta petite sœur, ils sont tous chez moi.

Je sursautais à l’annonce de cette nouvelle, je ne m’attendais certes pas à cette visite et je lui ai dit de m’attendre, je vais l’accompagner bien que mon instinct me dictait qu’il ne fallait pas aller, compte tenu des difficultés qui existaient entre son père et moi.
Je ne voulais pas être à l’origine de leurs querelles quotidiennes, c’est-à-dire, être le noyau de cet éternelle bagarre familiale. Je savais que pour vivre au sein de ma famille, il fallait que je sache supporter le mal qui se manifestait au jour le jour de mon père adoptif sur ma mère, je ne pouvais continuer à assister aux traitements d’insulte et les injures qu’il proférait à ma mère.

Déjà le mal, que subissaient ma mère et ma petite sœur alors que j’étais écolier revenait dans mon esprit comme s’il s’agissait d’actes commis aujourd’hui même à l’annonce de l’arrivée de ce père adoptif.

Mon amour propre ne pouvait être bafoué, à travers des actes d’injures que ma mère subissaient à chaque fois que le vieux s’énervait ou piquait une crise de folie, sachant naturellement que ma mère était éprise de ce vieux, et qu’elle était sa femme, ceux-ci est une réalité, mais il faudrait qu’ils me laissent en marge au sein de la famille, ma présence ne devait pas être perturbée par leurs problèmes quotidien, si tel est le cas, je préférais vivre en paix, loin de cette situation.

Je réalisais également que ma présence auprès de ma mère ne plaisait pas au vieux, voilà à quoi je pensais tout au long de ce trajet qui me séparait à présent de ma mère.
Quand nous fîmes entrer mon frère et moi, je me dirigeais directement vers ma mère, elle fut un bon en avant et me prit dans ses bras et l’enlaçât longuement en pleurant, nous restâmes quelques instant ainsi et puis je faillis pleurer à cette étreinte de ma mère, mais les souvenirs encore très frais des moments difficiles passés dans la terrible demeure de mon père adoptif ne me laissèrent point l’occasion de le faire.
Ma sœur qui était là, en un mouvement de joie à ma vue, s’approchât de moi pour me saluer, je me déplaçais pour saluer les visiteurs et le vieux de l’autre côté de la chambre.
Seul l’éternel père adoptif, toujours le même, aucun changement dans son tempérament, aucune pitié, toujours fermé, l’air grave et toutes les peines ou les tristesses du mon ne changent en rien son comportement, ni son attitude.
Je m’adressais à lui tout en espérant que ma présence le rendrait plus ouvert à me recevoir au sein de la famille, il m’a rendu froidement mon salut, je m’en foutais éperdument de sa réaction.
De retour auprès de ma mère, elle ne cessait de me poser des questions sur ma vie, les évènements de Zouerate, les difficultés de la vie et tant d’autres évènements. Poliment je rassurais ma mère que tout allait bien, rien ne me manquait, je logeais chez mon cousin paternel, avec sa femme, la fille de mon oncle paternel, dans de bonnes conditions, loin des difficultés. Arès avoir pris le thé en compagnie de mes parents et cousins qui étaient venus saluer ma mère, je décidais de partir, mais ma mère m’interpellât pour me demander de lui qu’elles étaient mes occupations quotidiennes.

Je lui décris brièvement les conditions de travail :

- Je travaille chez une famille très généreuse, et je mène un train de vie normal, sans accroc, tout va bien.
- C’est très bien, mon enfant, je te demande de venir loger avec nous, qu’en penses-tu ? me demande-t-elle.
- Maman, je ne peux pas venir logeais avec vous, ce sera des problèmes et ça j’en ai marre, les souvenirs de Nouakchott sont encore présents dans mon esprit et je ne veux plus de ça.

Je pris congé aussitôt et je me dirigeais vers la porte pour aller faire mon travail.

Quelques jours, après cet entretien, je décidais de venir à la maison sur insistance de ma mère, tout en espérant que des changements auront lieu compte tenu de la présence sûre de ma mère qui sera un poids pour une certaine stabilité familiale.

Je doutais de cette stabilité, car, je connaissais parfaitement bien mon père adoptif, il avait une marge particulière à lui, pour le comprendre, il fallait se soumettre à ses caprices, je n’étais plus le gamin, sous sa protection d’alors, maintenant j’atteignais ma maturité, je n’admettais plus certaines choses, ou certains agissements de sa part qu’il nourrissait à mon égard, je suis devenu un gaillard et je réponds fortement à toute action belliqueuse d’où qu’elle vienne.

Cette présence auprès de ma famille, avait un but spécifique, et bénéfique à la fois, c’est-à-dire rendre ma mère heureuse autour de ses enfants et moi en premier lieu, il ne fallait pas qu’un désaccord qui existait entre moi et le vieux soit un parasite qui perturbe le bien être de ma famille et particulièrement ma mère qui ma mise au monde, qui est ma fierté, qui m’a élevé, elle m’a beaucoup chéri, m’a enseigné, m’a donné l’occasion d’être moi-même, que j’aime beaucoup, ma mère fut de ses mères qui certes aimaient leurs fils.

Elle n’a d’égale que sa grandeur et son amour pour ses enfants. Elle est une mère comme toute les mères sur la terre.

Etant par ailleurs, la femme d’un homme, elle avait un devoir, un engagement vis-à-vis de son mari, que rien au monde ne pouvait ébranler, pas même son fils.

Cet homme elle l’aimait, elle l’avait choisi comme mari, sans notre consentement, nous ses enfants, ce mariage fut réalisé loin d’ailleurs de moi, donc religieusement et en acceptant les préceptes de notre Sainte religion qui recommande aux femmes de respecter leurs maris, dans tous les cas de figure, elle se devait de partager ses joies, et ses peines, ses malheurs et son bonheur contre vents et marées, pourvu qu’elle respecte les recommandations religieuses envers son mari.

C’est à cela, d’ailleurs que je tenais beaucoup, pour éviter à ma mère la foudre de ce vieux, je ne voulais pas qu’elle insiste pour mon retour au foyer familial, je préférai d’ailleurs de rester loin et de pouvoir la visiter à chaque fois que le besoin s’en faisait sentir.

Je ne devrais pas être un spectre de discorde entre eux, comme il aime à le dire à chaque fois que je suis l’objet de discussion lors de mes passages au foyer de ce vieux père adoptif.

Si je devais encore vivre avec eux, je devrais être toujours à l’écart de leur problème, pour ne pas être présent à chaque querelle, je ne voulais pas m’interférer dans leurs affaires personnelles.

Ceci n’étant pas de mon devoir, je m’éclipsais à chacune de leur dispute, pour m’évaporer l’espace d’un instant loin d’eux et je ne revenais que lorsque se dissipaient les nuages de discorde. Mais cette prise de position ne changeât en rien l’entêtement grotesque de mon père adoptif, il ne m’avalait pas, je le comprenais pour cette attitude et je me suis mis en tête de quitter le foyer pour d’autres cieux.


L’ÉCHAPPÉE :

À la maison en présence de ma mère et de ma petite presque à terme de grossesse, nous étions en train de prendre les « trois normaux », il s’agit du thé composé de trois rotations de thé, chacune séparait par un moment de causerie, le temps que la théière chauffe et à chaque prise, du pain ou d’arachides sont distribués aux présents.

Tout à coup, une crise de nerfs s’emparât de mon père adoptif suite à une dispute à laquelle je n’avais pas assisté, il me demandât de quitter les lieux et de lui libérer sa maison. Je fus touché par sa réaction, sachant que ma petite sœur qui est un état de grosses s’en trouvera marquée, et l’effet d’un tel acte ne pouvait que lui porter un coup dur dans son état actuel.

Je l’ai regardé, alors qu’elle avait les larmes aux yeux, la maman était en peu gênée par l’acte de son mari, mais que pouvait-elle devant un tel monstre, qui était maître des lieux, responsable de ses propres actes, et dont elle partageait tout.
Je ne l’en voulais pas pour cette fois encore, car c’est devenu pour moi une tradition, ce genre d’action de sa part, je savais qu’un jour proche, je serais de retour parmi mes proches, et il commettrait les mêmes réactions à mon égard, j’en suis conscient et convaincu.

Je décidais dès lors de louer une chambre, où dans ce refuge, je recevrais la visite de ma mère, ainsi ma sœur.

Le fils aîné du vieux est un ami, il me rendait visite à chaque fois que l’occasion se présentait, et il est allé jusqu’à me proposer de travailler avec lui, dans son atelier de soudure à la Cité, où il prospérait, dès qu’il débauchait. Il est assez différent et même très différent de son père ; auquel il ressemblait comme deux gouttes d’eau.

Ainsi, pendant deux mois, je faisais l’apprenti soudeur dans son atelier au quartier dénommé « DUMEZ » du nom d’une ancienne entreprise que la Miferma avait mis à contribution pour son installation, lors de la découverte des mines de fer en Mauritanie. Je venais régulièrement à cet atelier où je fais de mon mieux pour apprendre le métier, mais mon plus grand objectif était de partir très loin, il n’était pas question que je m’éternise dans ce coin.

Durant certaines visites, ma mère m’expliquait qu’elle était touchée par le comportement de son mari à mon égard.

- Maman, il ne faudrait pas te faire des remords à cause de ce problème, je sais qu’on ne pouvait pas vivre ensemble, cela est mieux. Je ne doute pas de on amour pour moi, mais un lien plus important et lit avec lui, c’est celui d’un mariage qui symbolise votre union, vous vous entendez bien, c’est l’essentiel pour moi, et il n’est pas question que je mette fin à ce lien sacré qui vous unit, dis-je.

- Oui, mais mon fils, tu dois me comprendre, je souhaiterai m’en débarrasser pour que tu rejoignes la maison, devait-elle conclure.

- Hélas, non, il n’est pas question, car moi, je vais bientôt partir très loin, je pense aller à Nouadhibou, d’où je compte me débarrasser de mes soucis, les portes de bonheur et l’avenir doivent s’ouvrir pour moi, il faut que j’évolue dans la vie. Quant à toi, et ton mari. Je ne vois pas en quoi consiste votre séparation si elle n’est règlementaire, alors que vous avez tout deux optés pour cette union qui dure depuis plus d’une vingtaine d’année, vous avez aussi vos enfants et rien au monde ne devrait entamer vos relations, pas même mon départ. Donc, vaudrait mieux que vous restiez ensemble, je te demande de m’accorder cette faveur. je ne l’en veux nullement pour ces actes, il a ses raisons et je ne cherche pas à les savoir. Lui dis-je.

Ce fut notre dernière causerie à ce sujet. Une semaine après, je me préparais pour aller à la grande aventure.
Je m’embarquais ainsi par une matinée dans le train minéralier devant se rendre à Nouadhibou, en compagnie d’un groupe de passager allant vers des horizons différents, Nouadhibou, Atar, et Nouakchott, j’étais accompagné d’un sénégalais qui partait à Nouadhibou.
Une longue nuit dans le train de minerais s’est poursuivie sous le bruit des wagons où nous étions ensevelis sous la poussière ocre et rouge qui se dégageait des wagons, un premier arrêt a été opéré à TOIJIL à une centaine de kilomètre de CHOUM, chantier et point de jonction où le train ayant quitté Nouadhibou à la même heure que le nôtre devait se croiser avec lui à Choum et ainsi de suite pour le second train qui pointera plus tard à Choum, c’est aussi le point de chute de tous les véhicules allant au Nord de la Mauritanie.

Notre randonnée se poursuivie tout le long de la voie ferrée, en effectuant des arrêts à TEMEYMICHATT, INAL, et BOULENOUAR, et devait se terminer au petit matin glacial au POINT CENTRAL (Port Minéralier de Port Etienne) de la MIFERMA se trouvant sur la BAIE DU LEVRIER, au CAP BLANC.

Dès notre arrivée, je fus surpris par les installations de la Miferma, partout des ouvriers et des installations telles que la culbuteuse qui sert à faire culbuter le wagon après avoir été inséré à l’intérieur à l’aide d’un poussoir électronique et maintenu de telle sorte que la culbuteuse est actionnée pour renverser le wagon pour que le minerai soit versé sur un tapis roulant en dessous de la culbuteuse qui l’achemine vers une manutention qui le transporte jusqu’au bateau en rade sur le port minéralier où il est stocké dans les caves du bateau.
D’autres camions herculéens, HAULPACK, BULDOZER, et autres engins de minerais se déplacent de temps en temps pour acheminer des outils où des machines d’un point à un autre.

Après avoir pris nos bagages et quitté le train, mon ami et moi, nous quittâmes le lieu pour aller nous doucher dans les vestiaires de ouvriers, un endroit qu’il connaît bien, car c’est pas sa première venue à Nouadhibou, ensuite à notre sortie nous nous dirigeâmes vers le lieu où des taxis nous attendaient, pour nous amener en ville.

Nous fûmes envahis par les taximen qui se bousculèrent à la recherche des clients devant se rendre en ville, particulièrement à GHERANE, quartier chic de la ville de Nouadhibou où nous devions élire domicile chez son ami, un jeune sénégalais, qui nous accordât une attention particulière dans un esprit de téranga sénégalais.

Dès mon installation à Nouadhibou, je recevais un courrier de ma mère et quelques jours après cela, je recevais une autre lettre m’annonçant que ma sœur venait de mettre au monde une fille, j’étais heureux de la savoir en bonne santé après son accouchement.

En octobre le Centre ‘’MAMADOU TOURE’’ devrait ouvrir ses portes aux candidats désireux d’acquérir un métier. Je dus m’inscrire pour passer les examens. Effectivement, le 15 octobre 1968, je faisais mon entrée au Centre, en qualité de matelot avec un groupe de jeunes mauritaniens ayant réussi en même temps que moi le concours d’entrée. D’autres filières furent recrutées au sein du Centre, dont notamment des mécaniciens, des ajusteurs, des plombiers et des électriciens, etc… en provenance de l’intérieur de la Mauritanie où des recrutements ont été effectués par le Ministère de l’Enseignement Technique.

Présentation de l’ensemble des stagiaires devant les bureaux administratifs du Centre et peu après, ventilation par section, c’est ainsi que je fus de ceux faisant partie de la Section ‘’Marine Marchande’’. Les collègues et moi-même nous nous sommes dirigés vers la Classe destinée au cours de Pêche, c’était un bâtiment rectangulaire et divisé en deux parties, une partie où des tables et des chaises représentée la Salle de Cours, la seconde partie servait aux travaux manuels notamment l’établissement des filets et des câbles.

Le bâtiment est orné d’anciennes gravures de bateaux, des cartes représentants des zones océanographiques les plus connues des siècles d’avant.

Le professeur était un ancien Capitaine de la Marine Française, un originaire de DOUARNANEZ, il m’a beaucoup impressionné par la cigarette qu’il avait singulièrement aux coins des lèvres et qu’il mâchait tout le long du cours ou de l’instruction en pleine mer, j'ai nommé DERRIEN.
La légende dit qu’il avait échoué en pleine mer alors qu’il dirigeait un navire de commerce, il est resté pendant quarante cinq jours sur a surface de la mer avec pour seul compagnon un ami qui n’a pu remonter la pente.
Je n’ai jamais eu l’occasion de lui poser la question, car cela n’était naturellement pas nécessaire compte tenu de son état d’ébriété constante étant 24/4 empoisonné par la fumée de la cigarette qu’il avait à la bouche pendant les neufs mois de stage que nous avons effectué avec lui, je ne l’ai jamais aperçu sans cette mèche à la bouche.
Après avoir relevé les noms des neufs stagiaires affectés à son cours, sur le registre de présence. Il nous dirigeât d’abord vers l’historique de la marine. Un exposé qui impressionna l’ensemble de l’assistance, nous étions flatté par l’étendu de ce métier et ses conséquences, après avoir distribué des cahiers et des stylos ainsi que des règles. Il nous a mis au tableau un schéma représentant une circonférence qu’il nous décrit plus tard en nous expliquant que c’était là, un instrument d’orientation et de stabilisation, il s’agissait de la boussole, les quatre points cardinaux indiqués aux différents points ne nous faisaient pas défaut.
Cette première rencontre, consista finalement à nous faire connaître la marine marchande, et prendre chacun en ce le concerne les dispositions nécessaires pour assurer d’abord une entente mutuelle et des engagements formels en ce qui concerne les études.
Le lendemain, les cours de stage démarrèrent avec une première distribution d’habits marins, et le premier chemin était la descente à la ‘’THIARKA’’, où nous devons prendre connaissance avec notre bateau instructeur, une fois arrivée, le Commandant nous présenta les diverses parties du bateau, le tribord (côté droit), le bâbord (côté gauche), l’avant et l’arrière du bateau, ainsi que la description totale de tous les éléments composants ce bateau.

Il serait très long de faire l’exposé sur les détails.

Après une heure de causerie et de fouille dans les diverses parties de ce chalutier, nous prîmes le cap, pour le large de la Baie du Lévrier. Nous avons traversé le chenal de Nouadhibou en passant Dakhlet Nouadhibou, au loin on pouvait constater que les bâtiments du Port Autonome devenaient une image floue.
Les battements des vagues sur le coque du bateau et ses mouvements tangents nous secouaient à l’envie de vomir, évidement, il nous a fallu un quart d’heure pour tous les stagiaires vont à la dérive, de ça et là, des jeunes vomissaient et d’autres ayant des vertiges d’estomac tantôt des maux de tête, d’autres encore se retrouvaient à terre. Nous étions totalement désarmés

Au Centre ‘’Mamadou Touré’’, je m’installais comme l’ensemble des élèves du Centre au sein des dortoirs qui nous ont été affectés pour la durée de la scolarité et nous allons chaque jours effectuer des cours de navigation en mer à bord d’un bateau dénommé ‘’ALMORAVIDE’’ qui servait à former les futurs marins et matelots de la première génération d’hommes de mer que nous étions, nous étions la 5ème promotion à être mise en place depuis la création du Centre ‘’Mamadou Touré’’.

L’après-midi, nous nous dirigeons à notre classe au centre pour suivre des cours de théories en matière de pêche et d’utilisation des outils de la marine de pêche tels que la fabrication des filets, l’apprentissage de confection d’objets servant la pêcherie, le code international de la marine, les drapeaux de signalisation des dangers et des chenaux à travers les différentes destinations des grands ports.

Nous étions encadrés par un grand timonier de la mer, j’ai nommé DERRIEN, le professeur qui traînait dans sa bouche une cigarette depuis la première de la journée jusqu’à la fin de la journée sans jamais l’éteindre, car à chaque fois que le mégot est consumé, il allumait une nouvelle cigarette sans arrêt.

Les cours s’effectuaient chaque après-midi en classe et nous quittions très tôt le matin pour aller en mer effectuer des cours de navigation sur le bateau.

La nuit, nous rentrons à l’internat, les autres partaient chez eux en ville, il s’agit surtout de ceux dont les parents se trouvaient à Nouadhibou ville, à Ghérane ou à l’Areguib etc…

Au mois de juillet à l’issue des examens d’année, je réussis ma sortie, et je me préparais à aller passer quelques semaines en vacance avec ma famille à Nouakchott.

Je prenais le premier vol de l’après-midi d’Air Mauritanie, où nous arrivâmes après une heure trente de vol à bord d’un DC 4 de notre chère compagnie. Ce fut mon premier voyage par avion, j’étais très heureux d’avoir emprunté un avion, c’est comme si je venais d’un pays étranger, je rêvais à l’idée que j’allais rencontrer des amis à l’aéroport et c’est un plaisir pour moi de les voir et de leur raconter mon aventure après deux années d’absence.
Je me dirigeais alors vers la Capitale, en compagnie d’un ami d’enfance qui savait où se trouvait mes parents. Nous hélâmes un taxi qui nous déposât à la Médina III, dès que nous pénétrâmes dans l’enceinte de la cour, ma sœur qui était la première à me reconnaître se précipita vers moi, tandis que les enfants la suivirent dans son élan, je rentrais dans la chambre, la maman se levât pour me prendre entre ses mains, tandis que le Vieux toujours crispé, me jeta un regard provocateur et imbibé d’une haine farouche.

Je m’installais à côté de lui et je le saluais, très poliment, mais e savais tout au fond de moi que son état d’âme était haineux, son visage se refermait, ce qui présage de mauvaise augure.
Je ne doutais nullement que ma présence dans cette demeure n’était pour lui qu’une plaie de plus dans son âme, dans son état d’esprit. Je sorti pour aller voir la demeure de ma sœur, où je m’installais pendant la semaine de vacances que j’avais pris l’engagement de faire avec ma famille, je n’étais pas venu dans l’intention de troubler le bonheur de ma mère, loin de là, mon objectif était de rendre visite à ma mère et ma sœur pour les saluer et leur apporter le peu de sous que j’avais amassé lors de mon séjour à Nouadhibou.

Certes, mais également ma sœur, la seule personne qui pouvait compter pour moi à côté de ma mère dans cet univers surchauffé à cause de ma présence.

Le mari de ma petite sœur est un maçon, qui m’était familier, car bien avant son mariage, déjà, nous nous connaissions,, ma présence à son domicile comme beau-frère ne pouvait que lui faire plaisir. A son retour du travail, il fut informé de ma venue.

Après avoir pris les trois normaux verres de thé ‘’athaye’, je pris congé de mes parents et je m’éclipsais en ville pour aller visiter les amis, et les parents de tout bord. Enfin de soirée, mes amis et moi, nous nous sommes rendus dans les lieux de divertissement de la Capitale.

Nous sommes donc allé à la ‘’Salle des Fêtes’’ aux environs du célèbre « FOUR SAMB », où l’orchestre national sous la conduite de son célèbre chanteur EL HADRAMY Ould MEYDAH, et ses copains Georges, le guitariste accompagnateur, Petit SALL, Bil le saxophoniste, et l’ensemble des musiciens sous la conduite du Chef d’orchestre ETHMANE, égayaient les jeunes de la ville dans une ambiance bon enfant, et loin des soucis du quotidien, la musique faisait rage, les idoles des jeunes en ces temps là, furent inéluctablement El Hadrami Ould MEYDAH, et ses compagnons. Notre soirée terminée, je m’en allais à la maison, je trouvais le salon de la maison à moitié ouvert où je me suis couché.
Le lendemain, on me réveillât après une grâce matinée bien méritée, tandis que je prenais ma douche, le beau-frère égorgeât un mouton. Le salon était archi-comble à ma sortie, les amis et les copines étaient la plus part étonné de me voir, certains furent surpris de ma présence, ils avaient appris que je fus de ceux tués pendant les évènements de Mai 1968 à Zouerate.

C’était la fête, la retrouvaille des amis d'enfance, Youssouf Francourma, Abou Diakité, Bâ Samba Ciré, Cheikh Fall, Mokhtar Fall, , Aminetou MAIGA, , Moustapha Ould Mohameden, Seyar FALL, notamment les DIOP Madiop, Mokhtar Fall. Nagia, et tant d'autres encore.
Tout ce petit monde se trouvait dans le salon, nous dégustâmes la viande de mouton en écoutant la musique dans une ambiance exceptionnelle.

L’une des filles me lançât ses mots :

- Alioune, si tu n’étais pas là devant moi, je ne croirais jamais que tu vives !

- Hé bien, ALLAH est Grand, Al Hamdou LILAH, je suis parmi vous ici, c’est l’essentiel. Rétorquai-je.

- Ma chère amie, si je vis jusqu’à présent, c’est bien grâce à la divinité céleste, il n’était pas prévu que je passe dans cette émeute de Mai, je peux t’assurer que j’ai effleuré la mort d’une centième près, hélas, mon jour n’est pas encore venu. Rassure-toi, Seul ALLAH en décidera le jour venu. Mais j’estime à juste titre que j’aie eu chaud ce jour-là. Par contre j’ai perdu l’un de nos amis, Ould TOUEYZIGUI (paix sur lui).

D'ailleurs, je vais décrire plus loin le recit des évènements de Mai 1968 que j'ai vécu personnellement.

Tard dans la journée, nous quittâmes la maison, je devais préparer un séjour à Dakar en compagnie d’un ami qui souhaitait que l’on fête cette retrouvaille dans la téranga sénégalaise.
Cependant, je fus invité à plusieurs soirées organisées en mon honneur par des copains, ainsi nous avons fait des excursions au bord de la plage, et dans certains Night Club de la ville, je retrouvais ma ville, et mes copains, en effet, Nouakchott avait beaucoup changé depuis que je l’ai quitté en 1968, les copains étaient tous devenus des majeurs, certains se sont lancés dans la vie à la recherche d’un moyen de survie, tandis que d’autres étaient à l’extérieur.

Dès la fin de la semaine, un vendredi au soir, ma copine et moi, nous nous rendîmes en taxi qui relayait Nouakchott à Rosso, ce fut le premier véhicule en partance à destination de Rosso, le voyage avait été long et fatiguant après une escale à TIGUINT, nous nous sommes mis en route et aux environs de 12 heures 30 nous débouchâmes sur Rosso, d’où nous prîmes une embarcation pour traverser le fleuve Sénégal, après 10 minutes de traversée, nous accostâmes sur l’autre rive du fleuve, les formalités de police effectuées nous empruntâmes de nouveau un taxi pour DAKAR via Saint-Louis.

Le voyage se passa dans de bonnes conditions, il fût entamer à 15 heures 30, après que ma copine et moi avions dégusté un bon repas (Tieb Diène), dans un restaurant de la place de Rosso Sénégal.

La voiture que nous avons pris est une 404 familiale, en peu modeste, au volant un vieux renard de la route qui mis une heure entre Saint-Louis et Rosso, nous arrivâmes au ‘’Garage de Saint-Louis’’ où se relayaient les taxis en partance vers toutes les directions du Sénégal, c’est une place publique gigantesque, en face du Pont ‘’FAIDHERBE’’, et on peut contempler le fleuve dans son évolution. Restaurant aux multiples portes se dressa sur la dite place, autour duquel, des centaines de va nu pieds portant des paniers de beignets et d’autres portants des liasses de tissu ou des pantalons se lancent vers vous pour vous demander d’acheter avec eux leurs produits.

A 16 heures, nous quittâmes Saint-Louis pour Dakar.

Dakar la métropolitaine sénégalaise ouvre ses portes aux visiteurs, dès que vous arrivez aux ‘’POMPIERS’’, d’où partent et arrivent tous les véhicules de transport allant vers tous les horizons.

La randonnée des méharis :
Au mois de juillet 1968, une caravane de méharis sillonnant le désert du Sahara en passant par le Maroc est arrivée à Zouerate comprenant plusieurs étudiants français en provenance de France et composée d’une trentaine de méharis, elle allait poursuivre son chemin au Sénégal, à travers le désert mauritanien, elle fut accueillie au Club des ‘’Aigles’’ en face de l’Ecole européen. Tous les curieux de la ville étaient venus contempler ces véhicules ainsi que leurs passagers, la plus part des jeunes qui étaient parvenus jusqu’ici à travers tous les obstacles de la nature dans ces véhicules, affrontant tous les dangers, à travers des montagnes de sables, de déserts et d’obstacles incalculables pour une aventure.

Voilà le genre d’aventures qui m’inspira et me donna le courage de poursuivre le chemin de la liberté, la force de créer, d’inventer et de lutter contre les affres de la nature.
Une fois au sein de cette foule, je dus rencontrer le responsable de la Caravane et au tour d’un verre, il me demandât si je pouvais lui trouver un ‘’guide’’ pour la traversée du désert entre Zouerate et Nouakchott.

L’idée m’effleurât l’esprit de lui dire que j’étais preneur et sans aller plus loin, je décidais d’être le ‘’guide’’ de cette caravane, sans même fixer le prix de l’opération, je m’engageais en compagnie d’un ami technicien sénégalais pour servir et de guide et de mécanicien auto durant la traversée de Zouerate à Dakar au Sénégal.

Mon ami sénégalais et moi avions donc décidé d’accompagner la Caravane en mélangeant l’utile à l’agréable à savoir ‘’guider et mécanicien’’.

Le lendemain, après que toute l’équipe ait décidé de partir, nous primes nos provisions à l’économat et nous nous installâmes dans le premier véhicule, le véhicule de tête qui allait nous permettre de mieux guider les méharis, par ailleurs, je possédais une carte ‘’Michelin’’ qui me servait d’outils d’orientation plus rassurant et pouvant nous être utile pour les points d’eau sur notre route.
Les méharis s’ébranlèrent vers dix neuf heures de la ville de Zouerate vers la première étape à quelques trente kilomètres de là, à savoir la ville de F’derick, où nous sommes parvenus une heure après notre départ de Zouerate.
A la fin de quelques formalités administratives à la sortie de la ville, nous nous ébranlâmes cette fois-ci pour emprunter la plus difficile étape dans l’AZZEFAL, qui doit durer au moins une centaine de kilomètre dans le sable moelleux, où les difficultés ne manquent pas, il faut avoir de la prouesse pour traverser cette étape dans les meilleures conditions, sans trop d’accrocs, et évitant ainsi les mauvais tours.

A trois heures du matin, nous nous approchâmes de notre première vraie étape, TOIJIL, chantier de la Miferma, où les trains effectuent leur arrêt, afin d’alimenter le chantier en eau et en provision alimentaire.

Les éclairages lointain du chantier donnaient l’impression qu’il s’agissait d’une ville, c’est à l’auberge de la cité que nous nous installâmes, où des containers transformés en ‘’bar’’ pour les expatriés français, lors de leur passage à TOIJIL. Une ambiance de musique et de brouhaha qui parvenait de l’intérieur de l’auberge.

Au petit matin, je fus intercepté par un homme, il s’agit d’un conducteur de train, un ami à mon cousin, qui me défigura aussitôt et tenait à s’assurer qu’il s’agissait bien de moi, m’a amené manu militari, en dehors de l’auberge et il m’a obligé à le raccompagner dans la CC de tête du train de service qu’il conduisait pour me ramener chez mon cousin à Zouerate.

C’est ainsi que mon aventure de ‘’guide’’ se terminait dans un cauchemar, loin de la réalité, puisque je voyais ma liberté trépignée par l’intervention de cet individu, qui agit selon ses relations avec ma famille. Il se sentait investi de pouvoirs pour ‘’agir’’ en lieu et place de mon cousin.
Dès que je suis revenu à la maison, mon oncle n’en fut pas un drame et considérât que j’avais envie de me libérer, pour mieux m’assouvir de ce manque de liberté.

Depuis lors j’affinais l’idée de me rendre à l’extérieur, extérieur qui consistait à mon tempérament, même Nouadhibou était dans mon entendement un lieu libre, où selon les rumeurs il y avait du travail, chaque individu jouissait de ses droits, loin des soucis quotidiens que je rencontrais par ces temps-là,

A suivre ... INCHA ALLAH.

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