lundi 1 novembre 2010

Suite "Chasse à la Vie" de moi-même...

La venue de ma famille à Zouerate :

Après les douloureux évènements qui ont bouleversés les mines de Zouerate, mes parents sur la pression de ma mère se déplacèrent à Zouerate pour s’assurer de ma survie, en effet, j’avais participé en toute solidarité à ces mouvements de mai 1968, qui comme il se doit ont provoqué la plus grande révolte jamais connue dans les annales de l’histoire de la Mine d’une part et de la Mauritanie d’autre part.
Après donc, ces évènements, ma mère avait décidée de venir à Zouerate pour s’enquérir de mes nouvelles, elle apprit que j’étais parmi les disparus lors des évènements, pendant cette terrible épreuve,
Cependant, après que tous ces évènements aient été terminés je m’étais installé chez la famille de Ehel NAKH, Ahmed Baba, Secrétaire Général du PPM, et Chef de Bureau des Douanes pour laquelle je travaillais, comme boy cuisinier avec un salaire de 1.500 FCFA mensuellement.
Un jour de fête, je crois, j’ai reçu la visite chez mon patron, du fils de mon père adoptif, qui est également mon frère, il travaille à la Miferma en qualité de soudeur, qui m’annonçât l’arrivée de ma mère à Zouerate.

- Alioune, la maman est venue avec les membres de la famille y compris ta petite sœur, ils sont tous chez moi.

Je sursautais à l’annonce de cette nouvelle, je ne m’attendais certes pas à cette visite et je lui ai dit de m’attendre, je vais l’accompagner bien que mon instinct me dictait qu’il ne fallait pas aller, compte tenu des difficultés qui existaient entre son père et moi.
Je ne voulais pas être à l’origine de leurs querelles quotidiennes, c’est-à-dire, être le noyau de cet éternelle bagarre familiale. Je savais que pour vivre au sein de ma famille, il fallait que je sache supporter le mal qui se manifestait au jour le jour de mon père adoptif sur ma mère, je ne pouvais continuer à assister aux traitements d’insulte et les injures qu’il proférait à ma mère.

Déjà le mal, que subissaient ma mère et ma petite sœur alors que j’étais écolier revenait dans mon esprit comme s’il s’agissait d’actes commis aujourd’hui même à l’annonce de l’arrivée de ce père adoptif.

Mon amour propre ne pouvait être bafoué, à travers des actes d’injures que ma mère subissaient à chaque fois que le vieux s’énervait ou piquait une crise de folie, sachant naturellement que ma mère était éprise de ce vieux, et qu’elle était sa femme, ceux-ci est une réalité, mais il faudrait qu’ils me laissent en marge au sein de la famille, ma présence ne devait pas être perturbée par leurs problèmes quotidien, si tel est le cas, je préférais vivre en paix, loin de cette situation.

Je réalisais également que ma présence auprès de ma mère ne plaisait pas au vieux, voilà à quoi je pensais tout au long de ce trajet qui me séparait à présent de ma mère.
Quand nous fîmes entrer mon frère et moi, je me dirigeais directement vers ma mère, elle fut un bon en avant et me prit dans ses bras et l’enlaçât longuement en pleurant, nous restâmes quelques instant ainsi et puis je faillis pleurer à cette étreinte de ma mère, mais les souvenirs encore très frais des moments difficiles passés dans la terrible demeure de mon père adoptif ne me laissèrent point l’occasion de le faire.
Ma sœur qui était là, en un mouvement de joie à ma vue, s’approchât de moi pour me saluer, je me déplaçais pour saluer les visiteurs et le vieux de l’autre côté de la chambre.
Seul l’éternel père adoptif, toujours le même, aucun changement dans son tempérament, aucune pitié, toujours fermé, l’air grave et toutes les peines ou les tristesses du mon ne changent en rien son comportement, ni son attitude.
Je m’adressais à lui tout en espérant que ma présence le rendrait plus ouvert à me recevoir au sein de la famille, il m’a rendu froidement mon salut, je m’en foutais éperdument de sa réaction.
De retour auprès de ma mère, elle ne cessait de me poser des questions sur ma vie, les évènements de Zouerate, les difficultés de la vie et tant d’autres évènements. Poliment je rassurais ma mère que tout allait bien, rien ne me manquait, je logeais chez mon cousin paternel, avec sa femme, la fille de mon oncle paternel, dans de bonnes conditions, loin des difficultés. Arès avoir pris le thé en compagnie de mes parents et cousins qui étaient venus saluer ma mère, je décidais de partir, mais ma mère m’interpellât pour me demander de lui qu’elles étaient mes occupations quotidiennes.

Je lui décris brièvement les conditions de travail :

- Je travaille chez une famille très généreuse, et je mène un train de vie normal, sans accroc, tout va bien.
- C’est très bien, mon enfant, je te demande de venir loger avec nous, qu’en penses-tu ? me demande-t-elle.
- Maman, je ne peux pas venir logeais avec vous, ce sera des problèmes et ça j’en ai marre, les souvenirs de Nouakchott sont encore présents dans mon esprit et je ne veux plus de ça.

Je pris congé aussitôt et je me dirigeais vers la porte pour aller faire mon travail.

Quelques jours, après cet entretien, je décidais de venir à la maison sur insistance de ma mère, tout en espérant que des changements auront lieu compte tenu de la présence sûre de ma mère qui sera un poids pour une certaine stabilité familiale.

Je doutais de cette stabilité, car, je connaissais parfaitement bien mon père adoptif, il avait une marge particulière à lui, pour le comprendre, il fallait se soumettre à ses caprices, je n’étais plus le gamin, sous sa protection d’alors, maintenant j’atteignais ma maturité, je n’admettais plus certaines choses, ou certains agissements de sa part qu’il nourrissait à mon égard, je suis devenu un gaillard et je réponds fortement à toute action belliqueuse d’où qu’elle vienne.

Cette présence auprès de ma famille, avait un but spécifique, et bénéfique à la fois, c’est-à-dire rendre ma mère heureuse autour de ses enfants et moi en premier lieu, il ne fallait pas qu’un désaccord qui existait entre moi et le vieux soit un parasite qui perturbe le bien être de ma famille et particulièrement ma mère qui ma mise au monde, qui est ma fierté, qui m’a élevé, elle m’a beaucoup chéri, m’a enseigné, m’a donné l’occasion d’être moi-même, que j’aime beaucoup, ma mère fut de ses mères qui certes aimaient leurs fils.

Elle n’a d’égale que sa grandeur et son amour pour ses enfants. Elle est une mère comme toute les mères sur la terre.

Etant par ailleurs, la femme d’un homme, elle avait un devoir, un engagement vis-à-vis de son mari, que rien au monde ne pouvait ébranler, pas même son fils.

Cet homme elle l’aimait, elle l’avait choisi comme mari, sans notre consentement, nous ses enfants, ce mariage fut réalisé loin d’ailleurs de moi, donc religieusement et en acceptant les préceptes de notre Sainte religion qui recommande aux femmes de respecter leurs maris, dans tous les cas de figure, elle se devait de partager ses joies, et ses peines, ses malheurs et son bonheur contre vents et marées, pourvu qu’elle respecte les recommandations religieuses envers son mari.

C’est à cela, d’ailleurs que je tenais beaucoup, pour éviter à ma mère la foudre de ce vieux, je ne voulais pas qu’elle insiste pour mon retour au foyer familial, je préférai d’ailleurs de rester loin et de pouvoir la visiter à chaque fois que le besoin s’en faisait sentir.

Je ne devrais pas être un spectre de discorde entre eux, comme il aime à le dire à chaque fois que je suis l’objet de discussion lors de mes passages au foyer de ce vieux père adoptif.

Si je devais encore vivre avec eux, je devrais être toujours à l’écart de leur problème, pour ne pas être présent à chaque querelle, je ne voulais pas m’interférer dans leurs affaires personnelles.

Ceci n’étant pas de mon devoir, je m’éclipsais à chacune de leur dispute, pour m’évaporer l’espace d’un instant loin d’eux et je ne revenais que lorsque se dissipaient les nuages de discorde. Mais cette prise de position ne changeât en rien l’entêtement grotesque de mon père adoptif, il ne m’avalait pas, je le comprenais pour cette attitude et je me suis mis en tête de quitter le foyer pour d’autres cieux.


L’ÉCHAPPÉE :

À la maison en présence de ma mère et de ma petite presque à terme de grossesse, nous étions en train de prendre les « trois normaux », il s’agit du thé composé de trois rotations de thé, chacune séparait par un moment de causerie, le temps que la théière chauffe et à chaque prise, du pain ou d’arachides sont distribués aux présents.

Tout à coup, une crise de nerfs s’emparât de mon père adoptif suite à une dispute à laquelle je n’avais pas assisté, il me demandât de quitter les lieux et de lui libérer sa maison. Je fus touché par sa réaction, sachant que ma petite sœur qui est un état de grosses s’en trouvera marquée, et l’effet d’un tel acte ne pouvait que lui porter un coup dur dans son état actuel.

Je l’ai regardé, alors qu’elle avait les larmes aux yeux, la maman était en peu gênée par l’acte de son mari, mais que pouvait-elle devant un tel monstre, qui était maître des lieux, responsable de ses propres actes, et dont elle partageait tout.
Je ne l’en voulais pas pour cette fois encore, car c’est devenu pour moi une tradition, ce genre d’action de sa part, je savais qu’un jour proche, je serais de retour parmi mes proches, et il commettrait les mêmes réactions à mon égard, j’en suis conscient et convaincu.

Je décidais dès lors de louer une chambre, où dans ce refuge, je recevrais la visite de ma mère, ainsi ma sœur.

Le fils aîné du vieux est un ami, il me rendait visite à chaque fois que l’occasion se présentait, et il est allé jusqu’à me proposer de travailler avec lui, dans son atelier de soudure à la Cité, où il prospérait, dès qu’il débauchait. Il est assez différent et même très différent de son père ; auquel il ressemblait comme deux gouttes d’eau.

Ainsi, pendant deux mois, je faisais l’apprenti soudeur dans son atelier au quartier dénommé « DUMEZ » du nom d’une ancienne entreprise que la Miferma avait mis à contribution pour son installation, lors de la découverte des mines de fer en Mauritanie. Je venais régulièrement à cet atelier où je fais de mon mieux pour apprendre le métier, mais mon plus grand objectif était de partir très loin, il n’était pas question que je m’éternise dans ce coin.

Durant certaines visites, ma mère m’expliquait qu’elle était touchée par le comportement de son mari à mon égard.

- Maman, il ne faudrait pas te faire des remords à cause de ce problème, je sais qu’on ne pouvait pas vivre ensemble, cela est mieux. Je ne doute pas de on amour pour moi, mais un lien plus important et lit avec lui, c’est celui d’un mariage qui symbolise votre union, vous vous entendez bien, c’est l’essentiel pour moi, et il n’est pas question que je mette fin à ce lien sacré qui vous unit, dis-je.

- Oui, mais mon fils, tu dois me comprendre, je souhaiterai m’en débarrasser pour que tu rejoignes la maison, devait-elle conclure.

- Hélas, non, il n’est pas question, car moi, je vais bientôt partir très loin, je pense aller à Nouadhibou, d’où je compte me débarrasser de mes soucis, les portes de bonheur et l’avenir doivent s’ouvrir pour moi, il faut que j’évolue dans la vie. Quant à toi, et ton mari. Je ne vois pas en quoi consiste votre séparation si elle n’est règlementaire, alors que vous avez tout deux optés pour cette union qui dure depuis plus d’une vingtaine d’année, vous avez aussi vos enfants et rien au monde ne devrait entamer vos relations, pas même mon départ. Donc, vaudrait mieux que vous restiez ensemble, je te demande de m’accorder cette faveur. je ne l’en veux nullement pour ces actes, il a ses raisons et je ne cherche pas à les savoir. Lui dis-je.

Ce fut notre dernière causerie à ce sujet. Une semaine après, je me préparais pour aller à la grande aventure.
Je m’embarquais ainsi par une matinée dans le train minéralier devant se rendre à Nouadhibou, en compagnie d’un groupe de passager allant vers des horizons différents, Nouadhibou, Atar, et Nouakchott, j’étais accompagné d’un sénégalais qui partait à Nouadhibou.
Une longue nuit dans le train de minerais s’est poursuivie sous le bruit des wagons où nous étions ensevelis sous la poussière ocre et rouge qui se dégageait des wagons, un premier arrêt a été opéré à TOIJIL à une centaine de kilomètre de CHOUM, chantier et point de jonction où le train ayant quitté Nouadhibou à la même heure que le nôtre devait se croiser avec lui à Choum et ainsi de suite pour le second train qui pointera plus tard à Choum, c’est aussi le point de chute de tous les véhicules allant au Nord de la Mauritanie.

Notre randonnée se poursuivie tout le long de la voie ferrée, en effectuant des arrêts à TEMEYMICHATT, INAL, et BOULENOUAR, et devait se terminer au petit matin glacial au POINT CENTRAL (Port Minéralier de Port Etienne) de la MIFERMA se trouvant sur la BAIE DU LEVRIER, au CAP BLANC.

Dès notre arrivée, je fus surpris par les installations de la Miferma, partout des ouvriers et des installations telles que la culbuteuse qui sert à faire culbuter le wagon après avoir été inséré à l’intérieur à l’aide d’un poussoir électronique et maintenu de telle sorte que la culbuteuse est actionnée pour renverser le wagon pour que le minerai soit versé sur un tapis roulant en dessous de la culbuteuse qui l’achemine vers une manutention qui le transporte jusqu’au bateau en rade sur le port minéralier où il est stocké dans les caves du bateau.
D’autres camions herculéens, HAULPACK, BULDOZER, et autres engins de minerais se déplacent de temps en temps pour acheminer des outils où des machines d’un point à un autre.

Après avoir pris nos bagages et quitté le train, mon ami et moi, nous quittâmes le lieu pour aller nous doucher dans les vestiaires de ouvriers, un endroit qu’il connaît bien, car c’est pas sa première venue à Nouadhibou, ensuite à notre sortie nous nous dirigeâmes vers le lieu où des taxis nous attendaient, pour nous amener en ville.

Nous fûmes envahis par les taximen qui se bousculèrent à la recherche des clients devant se rendre en ville, particulièrement à GHERANE, quartier chic de la ville de Nouadhibou où nous devions élire domicile chez son ami, un jeune sénégalais, qui nous accordât une attention particulière dans un esprit de téranga sénégalais.

Dès mon installation à Nouadhibou, je recevais un courrier de ma mère et quelques jours après cela, je recevais une autre lettre m’annonçant que ma sœur venait de mettre au monde une fille, j’étais heureux de la savoir en bonne santé après son accouchement.

En octobre le Centre ‘’MAMADOU TOURE’’ devrait ouvrir ses portes aux candidats désireux d’acquérir un métier. Je dus m’inscrire pour passer les examens. Effectivement, le 15 octobre 1968, je faisais mon entrée au Centre, en qualité de matelot avec un groupe de jeunes mauritaniens ayant réussi en même temps que moi le concours d’entrée. D’autres filières furent recrutées au sein du Centre, dont notamment des mécaniciens, des ajusteurs, des plombiers et des électriciens, etc… en provenance de l’intérieur de la Mauritanie où des recrutements ont été effectués par le Ministère de l’Enseignement Technique.

Présentation de l’ensemble des stagiaires devant les bureaux administratifs du Centre et peu après, ventilation par section, c’est ainsi que je fus de ceux faisant partie de la Section ‘’Marine Marchande’’. Les collègues et moi-même nous nous sommes dirigés vers la Classe destinée au cours de Pêche, c’était un bâtiment rectangulaire et divisé en deux parties, une partie où des tables et des chaises représentée la Salle de Cours, la seconde partie servait aux travaux manuels notamment l’établissement des filets et des câbles.

Le bâtiment est orné d’anciennes gravures de bateaux, des cartes représentants des zones océanographiques les plus connues des siècles d’avant.

Le professeur était un ancien Capitaine de la Marine Française, un originaire de DOUARNANEZ, il m’a beaucoup impressionné par la cigarette qu’il avait singulièrement aux coins des lèvres et qu’il mâchait tout le long du cours ou de l’instruction en pleine mer, j'ai nommé DERRIEN.
La légende dit qu’il avait échoué en pleine mer alors qu’il dirigeait un navire de commerce, il est resté pendant quarante cinq jours sur a surface de la mer avec pour seul compagnon un ami qui n’a pu remonter la pente.
Je n’ai jamais eu l’occasion de lui poser la question, car cela n’était naturellement pas nécessaire compte tenu de son état d’ébriété constante étant 24/4 empoisonné par la fumée de la cigarette qu’il avait à la bouche pendant les neufs mois de stage que nous avons effectué avec lui, je ne l’ai jamais aperçu sans cette mèche à la bouche.
Après avoir relevé les noms des neufs stagiaires affectés à son cours, sur le registre de présence. Il nous dirigeât d’abord vers l’historique de la marine. Un exposé qui impressionna l’ensemble de l’assistance, nous étions flatté par l’étendu de ce métier et ses conséquences, après avoir distribué des cahiers et des stylos ainsi que des règles. Il nous a mis au tableau un schéma représentant une circonférence qu’il nous décrit plus tard en nous expliquant que c’était là, un instrument d’orientation et de stabilisation, il s’agissait de la boussole, les quatre points cardinaux indiqués aux différents points ne nous faisaient pas défaut.
Cette première rencontre, consista finalement à nous faire connaître la marine marchande, et prendre chacun en ce le concerne les dispositions nécessaires pour assurer d’abord une entente mutuelle et des engagements formels en ce qui concerne les études.
Le lendemain, les cours de stage démarrèrent avec une première distribution d’habits marins, et le premier chemin était la descente à la ‘’THIARKA’’, où nous devons prendre connaissance avec notre bateau instructeur, une fois arrivée, le Commandant nous présenta les diverses parties du bateau, le tribord (côté droit), le bâbord (côté gauche), l’avant et l’arrière du bateau, ainsi que la description totale de tous les éléments composants ce bateau.

Il serait très long de faire l’exposé sur les détails.

Après une heure de causerie et de fouille dans les diverses parties de ce chalutier, nous prîmes le cap, pour le large de la Baie du Lévrier. Nous avons traversé le chenal de Nouadhibou en passant Dakhlet Nouadhibou, au loin on pouvait constater que les bâtiments du Port Autonome devenaient une image floue.
Les battements des vagues sur le coque du bateau et ses mouvements tangents nous secouaient à l’envie de vomir, évidement, il nous a fallu un quart d’heure pour tous les stagiaires vont à la dérive, de ça et là, des jeunes vomissaient et d’autres ayant des vertiges d’estomac tantôt des maux de tête, d’autres encore se retrouvaient à terre. Nous étions totalement désarmés

Au Centre ‘’Mamadou Touré’’, je m’installais comme l’ensemble des élèves du Centre au sein des dortoirs qui nous ont été affectés pour la durée de la scolarité et nous allons chaque jours effectuer des cours de navigation en mer à bord d’un bateau dénommé ‘’ALMORAVIDE’’ qui servait à former les futurs marins et matelots de la première génération d’hommes de mer que nous étions, nous étions la 5ème promotion à être mise en place depuis la création du Centre ‘’Mamadou Touré’’.

L’après-midi, nous nous dirigeons à notre classe au centre pour suivre des cours de théories en matière de pêche et d’utilisation des outils de la marine de pêche tels que la fabrication des filets, l’apprentissage de confection d’objets servant la pêcherie, le code international de la marine, les drapeaux de signalisation des dangers et des chenaux à travers les différentes destinations des grands ports.

Nous étions encadrés par un grand timonier de la mer, j’ai nommé DERRIEN, le professeur qui traînait dans sa bouche une cigarette depuis la première de la journée jusqu’à la fin de la journée sans jamais l’éteindre, car à chaque fois que le mégot est consumé, il allumait une nouvelle cigarette sans arrêt.

Les cours s’effectuaient chaque après-midi en classe et nous quittions très tôt le matin pour aller en mer effectuer des cours de navigation sur le bateau.

La nuit, nous rentrons à l’internat, les autres partaient chez eux en ville, il s’agit surtout de ceux dont les parents se trouvaient à Nouadhibou ville, à Ghérane ou à l’Areguib etc…

Au mois de juillet à l’issue des examens d’année, je réussis ma sortie, et je me préparais à aller passer quelques semaines en vacance avec ma famille à Nouakchott.

Je prenais le premier vol de l’après-midi d’Air Mauritanie, où nous arrivâmes après une heure trente de vol à bord d’un DC 4 de notre chère compagnie. Ce fut mon premier voyage par avion, j’étais très heureux d’avoir emprunté un avion, c’est comme si je venais d’un pays étranger, je rêvais à l’idée que j’allais rencontrer des amis à l’aéroport et c’est un plaisir pour moi de les voir et de leur raconter mon aventure après deux années d’absence.
Je me dirigeais alors vers la Capitale, en compagnie d’un ami d’enfance qui savait où se trouvait mes parents. Nous hélâmes un taxi qui nous déposât à la Médina III, dès que nous pénétrâmes dans l’enceinte de la cour, ma sœur qui était la première à me reconnaître se précipita vers moi, tandis que les enfants la suivirent dans son élan, je rentrais dans la chambre, la maman se levât pour me prendre entre ses mains, tandis que le Vieux toujours crispé, me jeta un regard provocateur et imbibé d’une haine farouche.

Je m’installais à côté de lui et je le saluais, très poliment, mais e savais tout au fond de moi que son état d’âme était haineux, son visage se refermait, ce qui présage de mauvaise augure.
Je ne doutais nullement que ma présence dans cette demeure n’était pour lui qu’une plaie de plus dans son âme, dans son état d’esprit. Je sorti pour aller voir la demeure de ma sœur, où je m’installais pendant la semaine de vacances que j’avais pris l’engagement de faire avec ma famille, je n’étais pas venu dans l’intention de troubler le bonheur de ma mère, loin de là, mon objectif était de rendre visite à ma mère et ma sœur pour les saluer et leur apporter le peu de sous que j’avais amassé lors de mon séjour à Nouadhibou.

Certes, mais également ma sœur, la seule personne qui pouvait compter pour moi à côté de ma mère dans cet univers surchauffé à cause de ma présence.

Le mari de ma petite sœur est un maçon, qui m’était familier, car bien avant son mariage, déjà, nous nous connaissions,, ma présence à son domicile comme beau-frère ne pouvait que lui faire plaisir. A son retour du travail, il fut informé de ma venue.

Après avoir pris les trois normaux verres de thé ‘’athaye’, je pris congé de mes parents et je m’éclipsais en ville pour aller visiter les amis, et les parents de tout bord. Enfin de soirée, mes amis et moi, nous nous sommes rendus dans les lieux de divertissement de la Capitale.

Nous sommes donc allé à la ‘’Salle des Fêtes’’ aux environs du célèbre « FOUR SAMB », où l’orchestre national sous la conduite de son célèbre chanteur EL HADRAMY Ould MEYDAH, et ses copains Georges, le guitariste accompagnateur, Petit SALL, Bil le saxophoniste, et l’ensemble des musiciens sous la conduite du Chef d’orchestre ETHMANE, égayaient les jeunes de la ville dans une ambiance bon enfant, et loin des soucis du quotidien, la musique faisait rage, les idoles des jeunes en ces temps là, furent inéluctablement El Hadrami Ould MEYDAH, et ses compagnons. Notre soirée terminée, je m’en allais à la maison, je trouvais le salon de la maison à moitié ouvert où je me suis couché.
Le lendemain, on me réveillât après une grâce matinée bien méritée, tandis que je prenais ma douche, le beau-frère égorgeât un mouton. Le salon était archi-comble à ma sortie, les amis et les copines étaient la plus part étonné de me voir, certains furent surpris de ma présence, ils avaient appris que je fus de ceux tués pendant les évènements de Mai 1968 à Zouerate.

C’était la fête, la retrouvaille des amis d'enfance, Youssouf Francourma, Abou Diakité, Bâ Samba Ciré, Cheikh Fall, Mokhtar Fall, , Aminetou MAIGA, , Moustapha Ould Mohameden, Seyar FALL, notamment les DIOP Madiop, Mokhtar Fall. Nagia, et tant d'autres encore.
Tout ce petit monde se trouvait dans le salon, nous dégustâmes la viande de mouton en écoutant la musique dans une ambiance exceptionnelle.

L’une des filles me lançât ses mots :

- Alioune, si tu n’étais pas là devant moi, je ne croirais jamais que tu vives !

- Hé bien, ALLAH est Grand, Al Hamdou LILAH, je suis parmi vous ici, c’est l’essentiel. Rétorquai-je.

- Ma chère amie, si je vis jusqu’à présent, c’est bien grâce à la divinité céleste, il n’était pas prévu que je passe dans cette émeute de Mai, je peux t’assurer que j’ai effleuré la mort d’une centième près, hélas, mon jour n’est pas encore venu. Rassure-toi, Seul ALLAH en décidera le jour venu. Mais j’estime à juste titre que j’aie eu chaud ce jour-là. Par contre j’ai perdu l’un de nos amis, Ould TOUEYZIGUI (paix sur lui).

D'ailleurs, je vais décrire plus loin le recit des évènements de Mai 1968 que j'ai vécu personnellement.

Tard dans la journée, nous quittâmes la maison, je devais préparer un séjour à Dakar en compagnie d’un ami qui souhaitait que l’on fête cette retrouvaille dans la téranga sénégalaise.
Cependant, je fus invité à plusieurs soirées organisées en mon honneur par des copains, ainsi nous avons fait des excursions au bord de la plage, et dans certains Night Club de la ville, je retrouvais ma ville, et mes copains, en effet, Nouakchott avait beaucoup changé depuis que je l’ai quitté en 1968, les copains étaient tous devenus des majeurs, certains se sont lancés dans la vie à la recherche d’un moyen de survie, tandis que d’autres étaient à l’extérieur.

Dès la fin de la semaine, un vendredi au soir, ma copine et moi, nous nous rendîmes en taxi qui relayait Nouakchott à Rosso, ce fut le premier véhicule en partance à destination de Rosso, le voyage avait été long et fatiguant après une escale à TIGUINT, nous nous sommes mis en route et aux environs de 12 heures 30 nous débouchâmes sur Rosso, d’où nous prîmes une embarcation pour traverser le fleuve Sénégal, après 10 minutes de traversée, nous accostâmes sur l’autre rive du fleuve, les formalités de police effectuées nous empruntâmes de nouveau un taxi pour DAKAR via Saint-Louis.

Le voyage se passa dans de bonnes conditions, il fût entamer à 15 heures 30, après que ma copine et moi avions dégusté un bon repas (Tieb Diène), dans un restaurant de la place de Rosso Sénégal.

La voiture que nous avons pris est une 404 familiale, en peu modeste, au volant un vieux renard de la route qui mis une heure entre Saint-Louis et Rosso, nous arrivâmes au ‘’Garage de Saint-Louis’’ où se relayaient les taxis en partance vers toutes les directions du Sénégal, c’est une place publique gigantesque, en face du Pont ‘’FAIDHERBE’’, et on peut contempler le fleuve dans son évolution. Restaurant aux multiples portes se dressa sur la dite place, autour duquel, des centaines de va nu pieds portant des paniers de beignets et d’autres portants des liasses de tissu ou des pantalons se lancent vers vous pour vous demander d’acheter avec eux leurs produits.

A 16 heures, nous quittâmes Saint-Louis pour Dakar.

Dakar la métropolitaine sénégalaise ouvre ses portes aux visiteurs, dès que vous arrivez aux ‘’POMPIERS’’, d’où partent et arrivent tous les véhicules de transport allant vers tous les horizons.

La randonnée des méharis :
Au mois de juillet 1968, une caravane de méharis sillonnant le désert du Sahara en passant par le Maroc est arrivée à Zouerate comprenant plusieurs étudiants français en provenance de France et composée d’une trentaine de méharis, elle allait poursuivre son chemin au Sénégal, à travers le désert mauritanien, elle fut accueillie au Club des ‘’Aigles’’ en face de l’Ecole européen. Tous les curieux de la ville étaient venus contempler ces véhicules ainsi que leurs passagers, la plus part des jeunes qui étaient parvenus jusqu’ici à travers tous les obstacles de la nature dans ces véhicules, affrontant tous les dangers, à travers des montagnes de sables, de déserts et d’obstacles incalculables pour une aventure.

Voilà le genre d’aventures qui m’inspira et me donna le courage de poursuivre le chemin de la liberté, la force de créer, d’inventer et de lutter contre les affres de la nature.
Une fois au sein de cette foule, je dus rencontrer le responsable de la Caravane et au tour d’un verre, il me demandât si je pouvais lui trouver un ‘’guide’’ pour la traversée du désert entre Zouerate et Nouakchott.

L’idée m’effleurât l’esprit de lui dire que j’étais preneur et sans aller plus loin, je décidais d’être le ‘’guide’’ de cette caravane, sans même fixer le prix de l’opération, je m’engageais en compagnie d’un ami technicien sénégalais pour servir et de guide et de mécanicien auto durant la traversée de Zouerate à Dakar au Sénégal.

Mon ami sénégalais et moi avions donc décidé d’accompagner la Caravane en mélangeant l’utile à l’agréable à savoir ‘’guider et mécanicien’’.

Le lendemain, après que toute l’équipe ait décidé de partir, nous primes nos provisions à l’économat et nous nous installâmes dans le premier véhicule, le véhicule de tête qui allait nous permettre de mieux guider les méharis, par ailleurs, je possédais une carte ‘’Michelin’’ qui me servait d’outils d’orientation plus rassurant et pouvant nous être utile pour les points d’eau sur notre route.
Les méharis s’ébranlèrent vers dix neuf heures de la ville de Zouerate vers la première étape à quelques trente kilomètres de là, à savoir la ville de F’derick, où nous sommes parvenus une heure après notre départ de Zouerate.
A la fin de quelques formalités administratives à la sortie de la ville, nous nous ébranlâmes cette fois-ci pour emprunter la plus difficile étape dans l’AZZEFAL, qui doit durer au moins une centaine de kilomètre dans le sable moelleux, où les difficultés ne manquent pas, il faut avoir de la prouesse pour traverser cette étape dans les meilleures conditions, sans trop d’accrocs, et évitant ainsi les mauvais tours.

A trois heures du matin, nous nous approchâmes de notre première vraie étape, TOIJIL, chantier de la Miferma, où les trains effectuent leur arrêt, afin d’alimenter le chantier en eau et en provision alimentaire.

Les éclairages lointain du chantier donnaient l’impression qu’il s’agissait d’une ville, c’est à l’auberge de la cité que nous nous installâmes, où des containers transformés en ‘’bar’’ pour les expatriés français, lors de leur passage à TOIJIL. Une ambiance de musique et de brouhaha qui parvenait de l’intérieur de l’auberge.

Au petit matin, je fus intercepté par un homme, il s’agit d’un conducteur de train, un ami à mon cousin, qui me défigura aussitôt et tenait à s’assurer qu’il s’agissait bien de moi, m’a amené manu militari, en dehors de l’auberge et il m’a obligé à le raccompagner dans la CC de tête du train de service qu’il conduisait pour me ramener chez mon cousin à Zouerate.

C’est ainsi que mon aventure de ‘’guide’’ se terminait dans un cauchemar, loin de la réalité, puisque je voyais ma liberté trépignée par l’intervention de cet individu, qui agit selon ses relations avec ma famille. Il se sentait investi de pouvoirs pour ‘’agir’’ en lieu et place de mon cousin.
Dès que je suis revenu à la maison, mon oncle n’en fut pas un drame et considérât que j’avais envie de me libérer, pour mieux m’assouvir de ce manque de liberté.

Depuis lors j’affinais l’idée de me rendre à l’extérieur, extérieur qui consistait à mon tempérament, même Nouadhibou était dans mon entendement un lieu libre, où selon les rumeurs il y avait du travail, chaque individu jouissait de ses droits, loin des soucis quotidiens que je rencontrais par ces temps-là,

A suivre ... INCHA ALLAH.

Suite "Chasse à la Vie" de moi-même...

Suite ....

Episode 2 : La Capitale.


Quelques années plus tard, en raison de l’installation de ma famille à la Capitale, au quartier « médina 3 » où mon père adoptif, prospérait dans son atelier, et où pour des raisons de commodité, j’avais été transféré à l’école « Justice ».
Je poursuivais donc mes études primaires avec pour enseignant une FEMME, une première, c’est en tout cas, la première fois de ma vie de rencontrer une femme enseignante, elle portait des pagnes colorés, le mouchoir sur la tête et sur l’épaule se dégageait un sac à main, l’allure svelte, joviale le sourire éclatant, elle savait se faire respecter par les élèves.

Comme d’ailleurs les deux autres femmes que j’avais citées plus haut, elle était impressionnante.
La « médina 3 », quartier populaire à peine peuplée, quelques familles aisées, des commerçants vaquant à leur occupation quotidienne dans leurs boutiques sur la rue qui va de l’arrêt « Four Samb » en prolongeant vers l’école « Justice » et en contournant par la « Corniche », qui débouche sur les « jardins » ceinturant le quartier de la Médina, avant de plonger vers l’Avenue de la « Dune » actuelle « avenue G.A. Nasser ». Partout des mécaniciens dans leur atelier, des marchands de bois, ou vendeurs de poissons, sillonnaient le quartier pour liquider leur marchandise.

Ce quartier avait aussi sa particularité, qui se caractérisait par la « salle des Fêtes » où le premier orchestre mauritanien fut formé en Guinée Conakry avec les ténors de la musique tels le chanteur El Hadrami Ould MEYDAH, le Chef d’Orchestre et Batteur ETHMANE, le guitariste Petit SALL, l’accompagnateur GEORGES, les autres SOUKABE, le trompète BOILIL, SEYMALY et tant d’autres éminents musiciens et artiste. C’est dans cette salle que tout Nouakchott se retrouvait chaque week-end pour danser, chanter et le tout dans une ambiance musicale sou l’animation de l’orchestre national mauritanien.
De tous les quartiers avoisinants tels que la « BMD, les « Ilots A, B, C, L, K, V etc.… du Ksar, du quartier « abattoirs », déferlaient des jeunes garçons et filles vers la Salle des Fêtes, pour se divertir et changer de look, c’étaient les années de la mode « YEYE ».
La pop music américaine faisait la gloire des années 68, avec ses lots de chanteurs, tels Otis Redding, James Brown, Eddie Mitchell, Wilson Pickett, Aretha Franklin, les Brother, les Rollings Stones…Les Français n’étaient pas en reste, il y’avait les Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Françoise HARDY, Claude FRANCOIS … et d’autre et d’autres encore !!!

A l’école « Justice », à cette époque-là, (février 1968), nous assistions impuissants aux évènements malheureux qui ont secoué les établissements secondaires et primaires de la ville, suite à la décision du Gouvernement de faire appliquer la Réforme de l’enseignement fondamental, intensifiant l’arabisation à outrance. Je me souviens que nous étions en classe, aux environs de onze heures quand des éclats de grenade nous parvenaient de tous les côtés de l’école, nous avons pris peur, et nous nous sommes dispersés tout azimut en criant « sauve qui peut », dehors s‘était la confusion générale. Les parents d’élèves assiégèrent l’établissement très tôt malgré la bagarre qui se déroulait en plein centre ville et dans les environs des écoles de la Capitale et du Ksar.
Partout des militaires et des gardes dispersaient les gens enflammés par le désir d’en découdre pour une cause on ne peut abjecte, et en empêchant les uns et les autres à chaque fois qu’ils les rencontraient dans les rues.
Ces évènements durèrent presque une semaine, la situation a été calmée par les Autorités, qui ont pris les dispositions draconiennes, en mettant en place des unités militaires ceinturant tous les coins et recoins de la ville.
Sans la ferme volonté du Président Ould DADDAH, ces évènements allaient bousculer le pays vers une guerre civile, mais la sagesse et la maîtrise de la situation ont finalement payées.

Autre souvenir au CE2, j’avais pour enseignant Lobatt Ould VETAH, excellent maître, qui pour punir ses élèves, les pinçait aux oreilles durant quelques instants.
Un jour, lors de la ronde du Directeur de l’école dans les classes, surprit les élèves en train de crier et de chuchoter provoquant un brouhaha énorme au sein de la classe, ce qui attirait l’attention du Directeur.
Il entrât en classe et allât jusqu’à mon niveau, il me saisît l’oreille, et m’amenât à côté du Bureau du Maître pour me mettre à genou, à tort puisque je ne faisais pas parti des enfants qui saborder en classe.
Après s’être exécuté, je pleurnichais, et je ne cessais de réclamer mon innocence, je passais donc toute la matinée dans cette position jusqu’au moment où il pénétrât dans la classe pour me prendre par ‘’quatre’’ méthode punition qui consistait à prendre l’élève par quatre gaillards, c’est ainsi que le supplice commençait, l’enseignant frappait alors sa victime sur les fesses jusqu’à satisfaction totale. C’est ce qui m’a été fait.

Quatre gaillards s’activèrent autour de moi, en me prenant par les mains et les pieds, je recevais sous le regard hagard de mes camardes une avalanche de coups de bâton que je directeur m’assenât magistralement pendant au moins une dizaine de minute devant une assistance impuissante.
Je pleurais, jetant parfois des regards à mes amis, tremblant comme des feuilles et gesticulant à voix basse leur désarroi, évitant le regard méchant de ce Directeur, connu pour son animosité.
Tout en criant très fort mon innocence, je continuais à subir le supplice, des coups sans cesse s’abattaient sur mes fesses. Avec autant d’acharnement mes geôliers, impuissants me tenaient les pieds et les bras qui échappaient à leur emprise ou glissaient de leurs puissantes mains.


A chaque coup de bâton, mes corbillards, sont fustigés par le murmure ainsi que le regard de nos camarades.
Puis s’adressant à moi, il hurlât : ‘’Vas-tu recommencer à crier en classe ? S’exclamât-t-il.

- Monsieur ce n’est pas moi qui ai crié, répondis-je.
- Va t’asseoir et ne recommence plus. rétorquât-t-il.
Après la punition, je suis resté pendant longtemps terrifié, paralysé, recroquevillé sur soi-même, incapable de bouger, ou de me lever, je ne pouvais pas faire un seul geste, les mains sur le visage, pleurant à chaude larmes, jusqu’à ce que l’un de mes amis me prit la main et m’incitât à me rendre à ma place sur le banc à côté de lui.
Ceux qui se savaient fautifs, se regardaient en chiens de faïence, car ils se savaient qu’ils étaient à l’origine de ma punition et aucun d’eux n’avait eu le courage de se dénoncer pour s’éviter ce supplice, chacun se savait responsable de qui m’était arrivée, hélas personne ne voulait en état de cause se retrouver à ma place en ces instants.
Après la descente, je me dirigeais chez moi en compagnie de quelques amis de classe, pour déposer mes cahiers, j’en ai parlé à ma mère qui à son tour d’adressât des paroles consolantes.
Je me souviens un jour à la fin de la journée, notre enseignant, Monsieur Lobatt Ould VETAH, nous confia Sidi Mohamed Ould BOUBACAR (ancien Premier Ministre de Ould Taya et de la Transition du CMJD) et moi les cahiers qu’il devrait corriger chez lui à l’ilot ‘’B’’ à la Capitale derrière le CC des jeunes filles.
En cours de route, lors d’une incartade entre le jeune Sidi Mohamed et moi, il se déchargeât sur moi en me mettant le lot des cahiers qu’il avait entre les mains, en me disant qu’il avait un besoin à faire et tout à coup, il me gifla et prit ses jambes à son cou, puis, il fila comme une fusée, figé les bras pleins de cahiers, je ne pouvais qu’encaisser cette bavure.

Le lendemain matin, comme d’habitude Sidi Mohamed venait très tôt le matin à l’école en passant par la boutique d’en face pour acheter un morceau de pain, qu’il grignotait avant de rejoindre ses camarades.
Là, je l’attendais caché derrière la porte d’entrée de la boutique, et dès qu’il fut son irruption, et prit son morceau de pain, je m’approchais lentement et je lui assénais une gifle à l’improviste, je crois qu’il avait réellement vu ‘’des étoiles’’ moi aussi, je pris mes jambes à mon cou et sortis à toute allure pour rejoindre le groupe d’amis qui se formait en face de l’école, parmi lesquels, Mohamed Lemine Ould Moulaye Zeine (actuelle Secrétaire Général du Ministère de la Communication et des Relations avec le parlement), le tonitruant Abdi Diarra, Najia, Coulibaly, Samir Mohamed l’égyptien, Feu N’Tajou, feu Oumar Diakité, Aminetou Maiga, les Seyar Fall, Cheikh Fall, Cheikh Diakhité, Moustapha Ould Mohameden, Sarr Demba, feu Sarr Hamady, Bâ Samba Ciré, les Ould Haddar et tant d’autres qui furent surpris de mon galop.

Au mois de Ramadan, nous étions comme tous les enfants des musulmans, nous faisions semblant de jeûner le ramadan, en classe on venait prétendant jeûné, dès que la récréation s’annonçait, nous allâmes nous altérer ‘’ailleurs’’ c’est-à-dire notre ‘’cache’’ que seuls les membres du groupe savaient où elle se trouvait, nous y dégustâmes nos bonbons et parfois même nous cuisinions à l’intérieure de cette cache, des ustensiles de cuisine que nous avions pris dans nos familles à l’insu de nos mamans…
De classe en classe, et après mon départ pou l’école KHAYAR, je dus rejoindre au CM1, mon enseignant Monsieur Diawara GAGNY, éminent instituteur, (devenu diplomate par la suite, ambassadeur de Mauritanie en URSS), qui nous enseignait avec aisance et générosité.
Il nous avait pris pour ses propres enfants, grâce à la simplicité du verbe, nous assimilâmes facilement les leçons et les devoirs avec beaucoup de souplesse et d’envie. Cet enseignant je le secondais au tableau noir, pour la préparation des dictées, des leçons, j’avais toujours bien fait le travail qu’il me confiait, il avait l’œil vif sur ce je me faisais. J’étais parmi les meilleurs élèves à qui il accordait beaucoup d’attention, pour me permettre de mieux maitriser la langue de Molière.
En dehors de nos études, tout ce groupe se rendait au ‘’Centre Culturel Français’’ de Nouakchott, et les quelques arabisants parmi nous allaient au ‘’Centre Culturel Egyptien’’, où ils dégustaient les films égyptiens. Nous étions plutôt plus attachés aux films français et américains, les aventures de MICKEY, ceux de KIM, et les SS, et tant d’autres livres de littérature, de science et surtout les aventures de TINTIN.

A la fin de l’année scolaire, et après les examens de passage, une colonie de vacance était en gestation pour les meilleurs élèves de la Mauritanie, je fus sélectionné parmi ceux de l’Ecole « Justice » pour participer à ces vacances.

Nous avions été amenés au Lycée national où l’ensemble des élèves furent hébergés, filles et garçons, les moniteurs Ahmed Ould DENNA, TSCHOMBE, N’GAIDE Alassane, Abdel Aziz FALL, et d’autres encore, cette colonie était sous le président du Haut Commissaire à la jeunesse et aux Sports, Monsieur Hamdi Ould MOUKNASS, (dont la fille est l’actuelle Ministre des Affaires Etrangères de notre pays).

Les responsables de la Colonie, formèrent des groupes, parmi lesquels les rossignols, les lions, les renards et d’autres encore, des soirées sont organisées où les jeunes se divertissaient et chantaient et dansaient, d’autres s’intéressaient aux scènes de théâtre que le Groupe des Lions organisait, il avait aussi des salles de peinture et de jouer divers pour les uns et les autres.
A chaque fois le Ministre chargé de la Culture se rendait chez nous pour s’informer et pour donner des instructions pour que tout se passe bien et dans une ambiance d’amitié et d’harmonie générales.

En général, les week-ends on se rendait à la plage où nous effectuons des ballades, durant l’a journée entière et des plats de méchouis nous sont servis sous le wharf, par petit groupe, nous nous installâmes sous le pont, certains jouant à la Monopoli, à d’autres jeux, cependant que des filles ou des garçons se baignent ailleurs, ou jouant à ma « maison », tandis que d’autres jouent au ballon.

Parmi les amis que j’ai connu, il avait un jeune surnommé ‘’Malien’’ de Néma, que j’ai rencontré plus tard à la Snim où il travaillait avec moi au CAFM, un autre de Kaédi celui là, il portait le sobriquet «Double tête», que j’ai perdu de vue, rares ceux de ses enfants que je n’ai plus revus.
Les vacances terminées, c’est la rentrée en classe et cette fois ci, je changeais d’école, car la punition du Directeur « Justice » m’avait marqué ce qui m’amenât à m’en allais à l’Ecole « KHAYAR » avec comme Directeur, mon ancien Maître DIAWARA GAGNY.

Episode 3 : Ecole « KHAYAR » 1967-1968.

L’année scolaire débuta comme d’habitude en octobre et je me suis inscrit à l’Ecole «Khayar», où je poursuivais mes études au sein d’un groupe de jeunes garçons et filles attachants, et studieux, là également je secondais mon Maitre au tableau noir, comme jadis je le faisais à l’Ecole «Justice».

Les études se poursuivaient dans une ambiance exceptionnelle où chacun profitait des cours tant bien à l’école que dans les Centres Culturels des Ambassades accréditées à Nouakchott. Parmi les élèves que j’ai connus, il y avait les Sophie SECK, Zeinabou BA, sa sœur Khadijetou, Yaba DIOP, les BA Abdoul, Djiméra Boubou, tous étaient d’excellents élèves, incomparables car ils étaient attachants, sérieux et conscients de leur avenir.

Au début du mois de novembre, les écoles ont été mises à contribution pour la préparation des festivités marquants l’anniversaire de l’indépendance nationale, et à l’école Khayar beaucoup d’élèves furent enregistrés pour participer aux «Mouvements d’ensemble» prévus en la circonstance au Stade du Ksar, tous les après-midi du lundi au samedi.

Les élèves progressaient et développaient leur niveau pour s’assurer un progrès et un avenir plein de succès, sous l’œil vigilant notre surveillant général, Monsieur Abdallahi, un vieux qui était pour nous un père, un frère et surtout un protecteur contre les malfaiteurs.
Ma mère et ma petite sœur étant parti en vacances à Boutilimitt, après que ma petite sœur ait abandonné les études, quelques années plutôt, je dus me retrouver seul avec mon père adoptif, qui ne ménageait aucun effort pour me rendre la vie difficile. Le soir il partait vaquer à ses occupations, me laissant seul dans la maison, et il ne revenait que tardivement, alors que moi j’étais déjà profondément endormi.

Un jour, alors que je me trouvais dehors avec mes amis, il m’interpella et m’amena à la maison, où il me frappa sans qu’aucune personne ne puisse intervenir pour me détacher de ses griffes. Une fois le supplice terminé, je pris mes jambes au cou, pour me rendre chez des amis d’enfance, où j’ai passé la nuit, et depuis lors j’ai pris la décision d’abandonner le foyer de ma mère pour une liberté totale, loin de ce père aux méthodes peu orthodoxes.
Ainsi, j’ai été hébergé chez un élève qui étudiait en même temps que moi à l’école « Khayar », il s’agit de Wélé Mamadou dit « «la vache qui rit », un enfant sympathique, il était dans le même groupe de pionniers que moi, quant nous étions pris en charge par le Ministère de la Jeunesse qui avait mis à notre disposition des moniteurs chargés de nous inculquer la notion du civisme et du patriotisme.
Sa famille m’a adopté comme leur propre fils et je m’amusais bien chez eux avec les autres membres de la famille sans discrimination aucune de leur part, je n’ai jamais senti que j’étais étranger dans cette maison où le père qui partait très tôt à la mosquée et quand il revenait, la première à laquelle il avait une pensée, c’est de demander si Alioune a pris son déjeuner.
Loin des problèmes j’étais entouré d’une affection particulière que cette famille m’accordait tout au long de l’année scolaire que j’ai eu à passer dans leur foyer, mes habits, mes chaussures et même les cadeaux qu’elle offrait à ses enfants, elle m’en donnait ma part.

Au mois de mars 1968, alors que j’avais appris l’arrivée de Zouerate d’un oncle paternel, travaillant à la Miferma, et qui se trouvait en congé annuel à Nouakchott où il devait prendre son épouse, pour la ramener avec lui à Zouerate, je décidais de le rejoindre pour lui demander de m’amener avec eux. Son accord ne se fut pas attendre, et je décidais alors d’aller tenter l’aventure ailleurs, j’avais l’envie de ‘’fuir’’, de partir le plus possible pour ne plus jamais rencontrer ce père qui m’a fait souffrir et malmené le plus longtemps possible.
Dnc une brèche est là et il ne fallait pas la ratée, il fallait risquer, voire briser le tabou, briser l’inconscience, aller de l’avant, chercher une ouverture, à la rencontre de l’air, de la liberté et surtout de la vraie liberté, la liberté de pensé, la liberté de jouir de ses mouvements, de ses facultés, de ses nerfs en un mot de sa vie, sans qu’aucune personne ne perturbe le cours des évènements, le cours du progrès et de son développement humain.

C’était là une occasion d’or, qu’il fallait exploiter, aller vers l’aventure, rencontrer d’autres gens ; d’autres âmes plus cultivées et s’inspirer de la vie, s’inspirer de la culture d’autrui, comme d’ailleurs j’ai à le réaliser avec mon intégration au sein de cette famille Pulaar pendant cette période scolaire éphémère.

Je ne dormais plus, ma pensée était ailleurs, je rêvais d’un autre monde où la résonnance de la liberté est le seul écho de la vie, et où chacun pourra profiter à sa guise. Je préparais et je murissais mon idée afin de convaincre les parents de mon intime ami sur l’imminence de mon départ, vers d’autres cieux.

Il fallait aussi convaincre les amis et mon Directeur pour les amener à accepter ce détachement, au moment où je commençais à me faire beaucoup de relation, au sein des jeunes filles et garçons, une rupture qui allait me marquer toute la vie.
Une autre rupture avec cette ville, que j’aie tant chérie, cette ville que j’aie vu surgir du sable, dont les premiers bâtiments ont été construits sous mes yeux, allait quand à elle bouleversait mon esprit.
Nouakchott était ma ville, mon refuge, où j’ai tant d’amis, de frères et de souvenirs que je ne pouvais oublier unilatéralement mais l’ambition, le désir de changer de vie, aller plus loin, éviter les difficultés, et les mauvaises frustrations que j’aies rencontré au sein de ma famille, m’ont conduit à tourner la page, cette page qui allait assombrir mon avenir.
C’est ainsi qu’à la suite de l’accord de mon oncle paternel, je dus quitter Nouakchott le 1er mars 1968, avec comme seul bagage les habits que je portais, rien d’autre en dehors de mes souvenirs, des images que j’aie du temps où j’ai vécu dans cette ville.

En compagnie de mon oncle, je quittais Nouakchott dans le véhicule transportant les bagages, cependant que mon oncle et sa femme prirent une voiture légère pour Atar, point de jonction de notre retrouvaille après Nouakchott. Le relief que nous arpentions était rocailleux, la route menant à Akjoujt est une route bitumée, plein de pierre taillée, nous nous trouvions sous un soleil de plomb, l’atmosphère était à son zénith, les rayons de soleil nous accablaient.

Arrivée à Akjoujt, le chauffeur nous indiqua le restaurant chez lequel on devait diner, n’étant accompagné de personne, et ne connaissant aucune famille et n’ayant pas de moyens financiers je dus me rendre dans une maison à côté de la Gare Routière à environs quelques mètres de là, il faisait nuit et les gens se trouvant sous un hameau cantonnaient des louanges du Prophète Mohamed (PSL), j’ai pris plaisir à écouter les chants et du rester jusqu’au moment où je me suis rendu compte que je devais rejoindre le véhicule pour continuer mon voyage.

Quelle n’a été ma surprise de constater que le véhicule est parti depuis belles lurettes, sans laisser aucune instruction à mon sujet au restaurateur de la Place.

J’ai dû me rendre à l’évidence et pris mon courage, je suis allé voir le Poste de la Gendarmerie où j’ai déclaré au Chef de Poste que j’ai raté mon camion et s’il pouvait me rendre un service, celui de m’embarquer dans une voiture devant aller sur Atar.

Une demie heure après mon entretien avec l’officier, une occasion d’or s’est présentée à moi, il s’agit d’une voiture militaire dans laquelle je pris place et m’en allais rejoindre Atar.



C’est vers 17 heures, que nous avions au Rond Point d’Atar, c’est le centre d’attraction, à peine descendu du véhicule militaire, que j’ai remarqué dans la ruelle les camions de transport, où je me rendis à la recherche de mon véhicule qui m’avait laissé à Akjoujt.

Quelques minutes après, je me trouvais nez à nez avec le chauffeur qui m’a reconnu et m’a demandé comment je me suis retrouvé ici, alors qu’il prétendait qu’il m’avait recherché partout à Akjoujt. Sans tenir compte de ses déclarations, je lui réclamais le reliquat du transport entre Akjoujt et Atar et les bagages de mon oncle.

Sans riposté, il s’en allait me remettre le reliquat de mon transport et m’indiquait la boutique dans laquelle se trouvait nos bagages en me précisant que mon oncle avait laissé des consignes au boutiquer auquel cas où je me présentais à lui de rester sur place jusqu’à son retour.
Vers dix heures, mon oncle était de retour et m’a amené chez son ami où se trouvaient ma cousine et son enfant, elle était presque affolée, car elle pensait que j’étais perdu pour de bon, et elle pleurait, cependant que mon oncle la consolait et ne cessait de la raisonner.

Le lendemain matin très tôt nous prenions un autre véhicule pour Choum, point de jonction entre Nouadhibou-Atar-Zouerate, où le train le plus long du monde nous attendait en provenance de Nouadhibou, pour nous y embarquer et continuer notre voyage vers Zouerate.



Vers dix huit heures, nous arrivâmes à Choum, où nous nous installâmes sous un hameau en attendant l’arrivée du train en provenance de Nouadhibou. L’oncle alla vers les restaurateurs pour nous amener de quoi bivouaquer, et faire du thé.

Quelques instants après avoir pris place sous le hameau, un brouhaha énorme se fait sentir, des va et vient c’est le train en provenance de Zouerate vers lequel les gens s’activent pour s’installer à bord.
Il s’agit d’un train composé de deux CC tractant 240 wagons de minerais de fer extraits des mines de Miferma, (société des Mines de Fer de Mauritanie), société exploitant le minerai de fer depuis l’indépendance de la Mauritanie est un Etat dans l’Etat par sa puissance, elle est imposante par ses moyens techniques et ses moyens financiers.

Dès que le train termina sa mission à savoir, la remise du courrier au chef de Camp et l’attelage des citernes d’eau devant être amené à T’meimichatte, le train s’ébranla minutieusement et disparut derrière les quelques roches montagneuses vers Nouadhibou.
Les véhicules en provenance d’Atar et d’autres horizons, Nouakchott, Akjoujt se déferlent sur Choum pour y débarquer les passagers les uns allant à Zouerate et les autres allant à Nouadhibou.



C’est aux environs de 00 heures que le train en provenance de Nouadhibou, nous réveilla avec ses sirènes assourdissantes et en quelques secondes, il fut pris d’assaut par les passagers qui s’installèrent dans les wagons vides et pleins de détritus des minerais de fer.



C’est ainsi que, ma famille et moi nous nous installâmes à l’arrière du train dans le wagon destiné aux convoyeurs du train, un wagon aménagé en chambre ou se trouvaient à l’intérieur des lits superposés deux par deux et sur lesquels sont mis des matelas destinés aux convoyeurs ainsi que les familles des travailleurs de la Miferma.



Le train s’ébranla vers Zouerate aux environs de 00 heures 05 mn, pour y arriver le lendemain vers sept heures du matin. Des taxis brousses attendaient l’arrivée des passagers pour les embarquer et les amener en ville, ce qui fut fait, une voiture du service attendait mon oncle pour le déposer avec sa famille à la cité de Zouerate.
Aux environs de neuf heures trente, nous nous installâmes dans la maison de mon oncle, une maison composée de deux chambres et un salon, une cuisine et des WC, une petite cour à l’intérieur de laquelle se trouvait une tente servant à relayer le salon quand il y’a des visiteurs importants pour s’y reposer.




Un déjeuner stimulant composé de ‘’Nché’’ bouillie faite de maïs et un bon verre de thé mauritanien nous fut servi par l’un des jeunes garçons chargé de l’exécution du thé.



Une fois installé, je commençais à m’habituer aux nouvelles conditions, notamment en ce qui concerne le mode de vie. Zouerate, ville entièrement minière, le visage de la ville est émoustillant, les gens travaillent de nuit comme de jour, sans pause, les véhicules de grand calibre circulent dans tous les sens allant de ‘’Tazadit’’ vers les services ‘’généraux’’ et poursuivant leur route vers d’autres mines à savoir ‘’Rouessa’’, ‘’F’derick I et II’’, les ouvriers en combinaison cheminent vers les points d’arrêt’’ de bus pour aller sur les mines.



La ville est animée par des boîtes de nuit, aux deux Clubs de la citée à savoir le Club africain situé dans la cité africaine et le Club des Aigles situé dans la zone européenne, où chaque soir les ouvriers et les cadres de la société s’y déplacent pour se divertir.



De l’autre côté dans la banlieue de la ville, il y’a également des lieux de loisirs, des boîtes de nuits africaines, et même cubaines, là également les européens s’y déplaçaient pour danser, pour siroter une boisson et pour s’amuser avec des filles de bars. Ces bars sont dirigés par des africains, notamment des sénégalais, des nigérians et mêmes des sud africains.



La ville est un Far-West, située en plein désert, sous une atmosphère indescriptible, la chaleur est émoustillante, l’architecture de la ville est moderne, on se croirait dans une ville européenne.











Cette ville a une particularité spectaculaire et inouïe, elle est scindée en deux, une cité entièrement européanisée, où seuls vivent les ‘’expatriés européens, cette cité est une zone interdite aux ‘’indigènes’’ notamment les mauritaniens et les africains, il est interdit aux africains de s’y aventurer, sauf pour les commissionnaires.



C’est-à-dire les garçons chargés de transporter les ingrédients pour les épouses des expatriés ou les ‘’boys guinéens’’ ou les ‘’blanchisseurs’’ et enfin les serviteurs des familles européennes.



Seuls les agents de maitrise mauritaniens ou africains pouvaient obtenir des logements dans cette partie de la cité, ce qui profite aux expatriés, cela leur permettait d’avoir ce qu’on appelle communément ‘’Prime de voisinage’’ allant de cent à deux cent mille francs CFA.



Cette cité a son propre économat, son hôtel dénommé ‘’Club des Aigles’’, ses salles de fête, sa propre piscine et ses services de gardiennage spécifique, que d’anciens gardes, ou d’anciens méharistes mauritaniens y assurent la sécurité intérieure au vu et au su des Autorités mauritaniennes qui n’osaient pas s’aventurer dans cette cité européenne, sans l’autorisation des Responsables de la D.S.E. (Direction du Siège d’Exploitation) de la Miferma.



L’autre côté de la cité de Zouerate est entièrement construite pour loger les ouvriers mauritaniens et africains qui travaillaient pour le compte de la société, cette zone a ses propres économats, ses services de gardiennage, son hôtel et son club dénommé lui aussi ‘’Club Africain’’.



La ville a son aéroport qui sert aux officiels de la société de l’utiliser pour ses avions et pour le déplacement de ses cadres et invités ainsi que pour rallier Nouadhibou à Zouerate.













La ville de Zouerate est aussi une cité minière, de son sous-sol des centaines de milliers de tonnes de fer sont extraites et envoyés par train vers Nouadhibou d’où ils sont transbordés dans des minéraliers vers l’Europe et l’Asie.



Depuis l’indépendance, de cette cité, des quantités importantes de fer d’une qualité dépassant les 46% de teneur de fer, quittaient pour être transbordées sur des navires minéraliers à destination d’Europe, d’Asie et d’Amérique, c’est l’une des carrières de minerais de fer la plus riche en teneur de fer à travers le monde.

La ratée :




Quelques jours après mon arrivée, je décidais de rejoindre les bancs de l’école primaire de la ville, avec un certificat de transfert pour m’installer à ma dernière année primaire au CM2. L’école est une belle bâtisse, en béton armée, d’ailleurs elle me rappelle l’imprimerie nationale à Nouakchott, avec son toit à l’araignée qui surplombe le bâtiment, dont le jardin est bien taillé, des fleurs partout, l’image qui se dégage de ce jardin vous donne de l’inspiration.



Une fois à l’école, je me présentais au Directeur de l’Ecole, pour lui présenter mon papier de transfert. Après avoir lu le document, Monsieur LY, s’excusât auprès de mon oncle et de moi-même, pour nous dire qu’il n’avait pas de place à l’école, ce qui m’affectât beaucoup, sans jamais lâché du lest à mon envie de poursuivre mes études.



Cette situation m’incitât alors à aller de l’avant, je n’ai point cédé aux désarrois, ni à la fatalité, il fallait lutter pour imposer sa volonté de survivre dans ce monde où chacun lutte âprement pour vivre et pour combattre l’oisiveté quotidienne, les jeunes ici s’occupent des paniers des femmes européennes qu’ils transportent aux domiciles des familles européennes moyennant des pièces.



C’est ainsi que je fus tenté de jouer le jeu, en m’inspirant de ce travail, je me portais volontiers à servir de commissionnaire, peu importe ce que l’on dira de moi. Je fus boy chez le Secrétaire Général du parti du Peuple Mauritanien, et officier de la Douane Ahmed Baba Ould NAKH, lequel me payait mille cinq cent francs CFA (1500 FCFA) avant de le quitter quelques mois plus tard pour retrouver mon économat.



C’est là où j’ai fait la connaissance de l’épouse de Monsieur PAQUET, Directeur de l’école européenne qui tout au long de nos relations aurait souhaité que j’obtienne auprès de son mari mon inscription à titre exceptionnel à l’école aux côtés de quelques enfants africains déjà dans cet établissement scolaire et qui n’acceptait que les enfants des expatriés ou ceux des agents de maitrise africains et mauritaniens peu nombreux d’ailleurs en ces temps-là.



Malheureusement, il n’a pu accéder à ma demande d’inscription à cet établissement spécialement ouvert aux enfants des expatriés et agents de maîtrise de la MIFERMA d’alors.

Suite "Chasse à la Vie" de moi-même...

Suite ...
Certains se dirigeaient vers leur maison, tout près de l’école pour déguster quelques gâteaux, d’autres par contre achetaient sur place des bonbons et des morceaux de pain imbus de sauce à la tomate avec les vendeuses assises sous les arbres de l’école.

Par ailleurs des garçons se désaltéraient de la borne fontaine installée dans la cour de l’établissement, d’autres jouaient au ballon.
Je pris la main de ma petite sœur qui à peine sortie, réclamait à boire, du coup je l’amenai à notre maison, située de l’autre côté de la rue juste à l’arrêt des taxis ‘’KEITA’’ (Vieux guinéen, partisan farouche du Président Ould Daddah et de son parti) qui se prolonge à l’ouest, vers le marché du Ksar et la Mosquée de BOUDDAH, d’une part et à l’Est vers la Gare Routière de la ville en face de l’aérodrome.

Après avoir déjeuné ma sœur et moi nous repartîmes à l’école pour continuer nos études. Quelques instants après, la cloche retentissait de nouveau au grand dam des élèves qui s’extasiaient dans la cour, mettant fin ainsi à la joie qui se dessinait sur les visages des enfants.

A l’intérieur de la classe, les élèves étaient en train de suivre les cours, sous la surveillance de l’instituteur, par moments je regardais par la fenêtre, les allées et venues des enseignants dans la cour sous une chaleur de plomb, par moments dans la cour, aucune âme, aucun élève, le soleil accablant, ses rayons éclaboussaient l’atmosphère ambiante, la chaleur atteint son zénith. Pas une âme ne pouvait se hasarder à rester longtemps par ces temps-là de chaleurs éclatantes.
Tout petit, je me souviens des manifestations de joie populaire suscitées par l’annonce d’un évènement très important à savoir la fête nationale d’indépendance le 28 novembre 1960, qui symbolise la naissance de cette Nation. L’ampleur de l’annonce de cet évènement fascinait les quelques habitants du ksar, Nouakchott vibrait, à l’approche de la fête.
Les préparatifs battaient leur plein partout dans les quartiers qui s’embellissaient, les rues étaient pavoisées aux couleurs nationales et celles des pays invités pour la circonstance.

Les journalistes étrangers venus couvrir l’évènement, égayaient les curieux par le déclic et la magie de leurs appareils photographiques, qu’ils décrochaient de leur épaule à chaque fois qu’ils rencontraient des mauritaniennes en voile ou en pagne pour les immortaliser.
Le soir, rares sont les véhicules qui circulaient dans les ruelles du ksar, on noté par exemple ; celles du Président de la République une DS flambante, celle du maire de la ville Mohamed Ould KHAYAR une 2 CV, et quelques 403 mises à la disposition du Gouvernement mauritanien qu’utilisées parfois les quelques responsables administratifs mauritaniens et français.
Par ailleurs, deux faits remarquablement importants m’ont marqués en ce début d’indépendance, le premier l’épouse d’un ex-ministre qui conduisait les voitures, le deuxième la première femme mauritanienne pilote Mouthé Mint ABABE, qui d’ailleurs périt dans un accident d’avion aux environs des iles canaries quelques années plus tard.
L’après-midi au stade du ksar, (alors fraîchement clôturé par une équipe de pax American dans le cadre d’un volontariat) ce terrain vide, où se rencontraient les formations d’alors l’ASPTT, avec son tonitruant dribbleur CHAPERON, le PROGRES, avec son excellent buteur Malamine FALL. Le REAL, avec son irrésistible dribbleur DIACK le Lion, l’homme qui est craint par tous, grand de taille, c’est mon enseignant que j’admirais beaucoup, et pour lequel j’ai beaucoup d’estimes et d’égards.

Les rencontres se déroulaient sous la supervision du tout premier arbitre mauritanien, j’ai nommé le valeureux militaire Boubacar FALL, arbitre de grande qualité.
Régulièrement, des équipes sénégalaises se déplaçaient à Nouakchott pour des rencontres de football amicales dans une ambiance de fraternité et de sportivité très louables.
Quant c’est notre enseignant et son équipe qui se déplaçait pour une rencontre au stade du Ksar, c’est toute la classe qui allait pour supporter notre ‘’enseignant’’ sportif, car il nous impressionnait par ses formidables prouesses techniques, telles que le ‘’ciseau’’ une sorte d’acrobatie lui permettant de détourner la trajectoire du ballon d’un sens à l’autre en pivotant en l’air et reprenant le ballon au vol par le biais de son pied pour l’envoyer dans les filets adverses avec une maîtrise exceptionnelle et un sens de combativité exceptionnel.

Tous des mordus du ballon rond, assistaient donc aux rencontres de football qui se déroulaient sur ce terrain entouré d’une clôture à peine perceptible. Ce terrain est situé non loin de la Direction des PTT, et à l’actuel emplacement de la Socogim du KSAR, ce terrain est souvent menacé par les cordons de sable.
Nous étions un groupe d’élève très attaché au sport, je me souviens de certains d’entre eux, tels Abderrahmane NEWKA, Abderrahim Ould YOURA, Sid’Ahmed dit CHEIBOU, (le plus petit qui en classe à mes côtés, passait son temps à grignoter de la craie).
Je me souviens qu’un jour l’ayant surpris en train de croustiller une craie, Monsieur DIACK Mamadou, eut l’idée de nous amenait par la suite le week-end suivant hors de la ville pour bivouaquer, en amenant ainsi avec lui une bonne quantité de pains, de beurres, de chocolat, et des biscuits, nous avons passé ce dimanche en train air à manger à notre guise les bonbons et les biscuits dans une ambiance de bon enfant, pleine d’humours où chacun se sentait heureux.
Autres distractions qui animaient le « quartier chic » du ksar, aux environs de l’actuel Commissariat de Police, où un groupe de diverses nationalités, béninoises, surtout, des enseignants, des douaniers et des postiers sous la conduite de JANVIER un béninois, ainsi que des mauritaniens mordus de la pétanque, nous égayaient chaque nuit par des rencontres nocturnes sur en plain air à l’actuel emplacement de la station d’essence juxtaposée au Commissariat du ksar.
Ces mauritaniens contribuer au bonheur des habitants de la cité en animant les soirées effectuant des tournois de pétanque, sur la place publique très peu éclairée par les lampadaires de fortune.
Il y’avait également des restaurants et des bars tels que « Le MAMACITA », « la CONCIERGE », le Bar « KEITA » dirigé par le Vieux Keita, de nationalité guinéenne, farouche partisan du PPM, où les croulants de la musique cubaine se distinguaient au son de la musique et de la maitrise de la danse afro-cubaine, nous les enfants on se contenter de regarder à travers les vitres des portails, les hommes et les femmes dansaient au son de la musique cubaine et parfois guinéenne.
L’autre centre d’attraction est le « marché de bétail » seul endroit où les habitants du quartier s’approvisionnaient moutons, chèvres et autres bétails (vaches, chameaux etc.…), par ailleurs le marché du ksar était un autre lieu ou les populations y vaquaient pour acheter les aliments (riz, macaroni, et les autres ingrédients) nécessaires à la survie.
Le seul lieu de culte du faubourg, est la mosquée dite de « BOUDDAH », où l’érudit Bouddah Ould BOUSSEIRY, dirigeait les cinq prières, sauf le vendredi, où la grande prière est dite à la Mosquée de la capitale en face de l’Etat-major Nationale des Forces Armées.
Notre école coranique se trouvait dans la Mosquée de « Bouddah », et le marabout avait beaucoup de peine à gérer et à contrôler les enfants, dans ce remue-ménage quotidien des élèves qui récitaient leurs sourates dans un brouhaha infernal et indescriptible, ce qui m’amène parfois à me demander comment pouvait-il concilier (écoute/contrôle et suivi) des élèves dans ce vacarme.
Il lui arrivait parfois d’utiliser la cravache pour ramener le calme dans la cour.
La nuit, les citoyens les plus civilisés se rendaient dans les deux salles de cinéma qui existaient, le cinéma « Pagnon » et le cinéma « Sahara » se trouvant en face de la « Gare Routière » pas très loin de l’aérodrome juxtaposés aux Ets « Lacombe ».
Les seuls films d’alors, se sont des films indous, américains et français. Les personnes se déplaçaient à pied pour aller se divertir dans les différents cinémas du faubourg et retournaient tardivement à leurs domiciles dans une ambiance de sécurité totale.

Suite "Chasse à la Vie" de moi-même...

Suite :
CHASSE A LA VIE

Episode I :

C’est dans ce contexte que la famille de EHEL BITICHE est venue s’installer à Nouakchott, en provenance de Rosso Mauritanie, comme tant d’autres mauritaniens pour peupler cette ville nouvellement créée en vue de constituer un centre d’attraction politico-économique et social de la République Islamique de Mauritanie une année avant l’accession du pays à l’indépendance, au moment de l’installation de l’Administration Mauritanienne venant de Saint-Louis, sous l’insistance des Autorités légales de la Mauritanie.

C’est donc dans cet agglomérat que va se jouer l’aventure de notre héros et qui constituera ses premiers pas vers cette révolte contre la nature donc vers la liberté qu’il caressait depuis que des évènements indépendants de sa volonté ont précipité son renvoi de l’entourage familial, suite à des anicroches liées à des problèmes conjugaux entre son père adoptif et sa mère.

Depuis lors ce milieu environnemental lui est d’une fatalité indescriptible, tout cela a contribué de manière conflictuelle à son éloignement de la cellule familiale, dans une phase où cette présence aurait été nécessaire pour la métamorphose psychologique de l’enfant délaissé à la nature et aux orées de la fatalité juvénile.

C’est dans ces années folles et contraignantes où l’évolution de chaque individu dépendait intrinsèquement de son indépendance d’esprit, indépendance d’intelligence et surtout de sa volonté de réussir, que ce jeune se découvrit une nouvelle conception de la vie, de l’aventure et surtout de la liberté.

Pour l’évolution de son équilibre qui résultait de l’étendue proportionnelle des évènements qui se manifestaient tour à tour, il devait se démarquer d’un milieu devenu fatal où l’environnement est plus que sceptique d’où la nécessité d’aller vers un endroit plus serein plus ou moins acceptable et susceptible de lui permettre de continuer ses études primaires et secondaires dans un cadre plein d’harmonies et bonheurs.


D’années en années non sans trop d’accrocs, il luttait âprement contre les épreuves de la vie, de la nature et pour parvenir au soleil  de la liberté et de la prospérité, qui est le seul salut devant permettre à notre héros de poursuite son aventure.

Sans la volonté ferme de réussir et de poursuivre ses études à un stade aussi important de la vie, il aurait pu sombrer dans l’ignorance, dans la délinquance et surtout dans la frustration, d’où un abandon des études serait une erreur irréparable et insignifiante.



L’épopée enfantine :

A cette époque, le ksar n’était qu’une agglomération à peine peuplée d’un millier d’individus, les habitants se connaissaient les uns, les autres. A chaque évènement, ils se rendaient mutuellement visite et contribuer aux festivités qui marquaient leur relation quotidienne.

Bâti entièrement en banco, son plan directeur était bien conçu, les ruelles très espacées, les bâtiments coloniaux (Baîla) qui constituaient le seul héritage colonial de la bourgade et qui sont destinés à l’Administration mauritanienne en attendant les nouvelles infrastructures de la future Capitale en cours d’élaboration.

Les seuls bâtiments du faubourg qui en faisaient la façade, sont le dispensaire ‘’El Hadj’’, les logements administratifs où habitait la seule autorité religieuse et juridique, il s’agit du Cadi, quelques maisons en béton armée, aux alentours de l’école primaire, ainsi que les concessions en banco de l’actuel ‘’BAILA’’ datant des années cinquante.

Après l’installation de ma famille au Ksar, je me familiarisais avec les enfants, du quartier, où nous habitons près de l’unique établissement scolaire qui existait en ces temps-là. La seule distraction des enfants, en ces temps lointains, est de se retrouver au marigot ‘’Amou rayé’’, (situé actuellement en plein centre de Teyarett) nouvelle agglomération de la Capitale, où ils passaient la journée à nager dans a boue salée, aucun souci de contamination n’effleurait leur esprit, plutôt le désir de plonger dans cette eau saumâtre qui se développait au fur et à mesure que les pluies se multipliaient dans la zone.

De temps à autre, on acheminait vers les bassins souterrains de la Maurelec, société jadis chargée de l’alimentation en eau et en électricité la ville de Nouakchott, situés en face de la résidence du PM).



A l’intérieur de ces bassins-là, on pénétrait en toute plénitude, sans contrainte pour nous laver et souvent aussi pour on s’y cachait dans les canaux loin des regards pour nous amuser, et parfois pour éviter d’être évincé par nos parents quand ils se rendaient compte qu’on se trouvait dans ces bassins dangereux à leur yeux.

Parfois des passants signalaient notre présence dans les bassins à nos parents qui se lançaient à notre recherche, ayant repéré notre refuge, ils scrutaient à travers les hublots au dessus des bassins, en nous hélant, l’écho de leurs cris, nous parvenait comme des ondes de choc, traversant les canaux pour percuter les échos de nos cris de joie et de bonheurs dans un tintamarre indescriptible.

En dehors de mes études scolaires, je m’acharnais sur mes cours coraniques que le vieux marabout du coin me donnait chaque matin à l’aube en me faisant réciter mes sourates avant d’aller à l’école.

L’école est constituée de deux grands bâtiments distincts, l’un destiné aux garçons, l’autre aux filles séparée par  une haie de barbelés afin  d’éviter le contact entre les deux sexes. Les salles étaient propres, des enseignants pour la plupart des béninois, et sénégalais, enseignaient le français, tandis que des instituteurs de mahadras mauritaniens éduquaient cette première génération d’élèves, et nous enseignaient l’arabe classique.

Les écoliers dans la cour, sous le regard des maîtres s’offraient le luxe de jouer au cache-cache, par-ci et par-là des gaillards, ballon au pied, se défoulaient à leur guise avant le son de la cloche invitant les élèves à rentrer en classe.

De l’autre côté de la clôture en barbelés, les filles en robe de soie, d’autres en voile, dansaient, chantaient, criaient ou jouaient à ‘’ma maison’’.

Certaines assises, tapotant des mains, pendant que l’une d’elles, faisant le tour du cercle des filles assises et jetait au hasard le mouchoir qu’elle tenait à la main, sur l’une d’elles et poursuivant sa course pour regagner la place laissée vide par la poursuivante, qui devait à défaut de pouvoir rattraper sa copine, poursuivre le chemin dans une ambiance bon enfant.

Au son de la cloche, les écoliers se précipitaient vers les entrées de leur classe respective, pointé au perron, chaque enseignant attendait exclusivement ses élèves qui s’alignaient en trois colonnes, après l’exécution d’un certain nombre de mouvements d’ensembles, les élèves pénètrent dans les classes et sont soumis à l’appel de présence que le maître effectuait afin de s’assurer de la présence de tous.

En classe un silence s’empara des élèves, des chuchotements se furent entendre au fond de la classe et l’un des élèves se levait pour confirmer l’absence de tel ou tel élève.

-         Prenez vos ardoises et suivez-moi au tableau ? Décrétait le maître à l’attention des élèves.

Il écrivit au tableau noir, quelques consommes et des syllabes et entonna :

-         i, u, o, a, e, é, è, ê ….
-         t, p, n, m, r, v, etc.….

Les élèves répétaient après lui en une seule  voix.

Ensuite, il demandait aux élèves d’écrire sur les ardoises les lettres, de les lire attentivement et de les réciter avant la sortie en récréation.

Aux environs de 10 heures, la cloche résonnait pour la seconde fois annonçant la récréation, les élèves se précipitèrent dehors, après avoir rangé leurs ardoises et silencieusement pour jouer et manger quelques bonbons offerts par les vendeuses moyennant des pièces par ci et  par là.

 à suivre ....

LA CHASSE A LA VIE
















LA CHASSE A LA VIE






de : OULD BITICHE ALIOUNE AHMED SALEM





















Janvier 2010




INTRODUCTION



L’évènement se situe à Nouakchott, et à pour cadre les débris de l’ancien faubourg colonial, le « Ksar », connu pour sa célèbre présence dans l’histoire coloniale étant l’unique point d’eau sur la ‘’Route Impériale’’ allant de Saint-Louis du Sénégal à Bir-Moghrein au nord de la Mauritanie, route qui jadis reliait les colonies françaises du Maghreb au nord du Sahara et celles de l’Afrique au Sud du Sahara.

Ce faubourg devenu par la force des choses et la volonté des fils de cette Nation, la future Capitale de la République Islamique de Mauritanie à la suite de la vague d’indépendance octroyée par le colonisateur à ses anciennes colonies ayant votées le ‘’Oui’’ référendaire pour rester au sein de la Communauté Française, cadre d’autonomie interne proposée par le Général De Gaulle aux pays africains.

La Mauritanie devenue indépendante contre ‘’vents et marées’’ souscrit aux nouvelles Institutions Internationales en application des recommandations de la Charte des Nations Unies, elle devenait ainsi membre à part entière de l’Organisation des Nations-Unies en novembre 1960, après moult revendications marocaines et l’exigence des soviétiques qui ont pendant quelques temps imposé leur véto contre l’admission de la Mauritanie en vue d’imposer celle de la Mongolie.

Nouakchott, située sur la bordure de l’océan atlantique et les cordons dunaires, constituait alors pour le nouvel Etat émergeant un symbole d’indépendance, d’unité nationale, de fraternité, de justice et de symbiose, c’était aussi une option fondamentale d’existence et de survie, face aux homogénéités de ses voisins immédiats qui chacun de son côté, réclamait son identité et surtout sa restitution arguant que la Mauritanie faisait une partie intégrante de son territoire.
Cette ville n’avait rien d’une future capitale, les seules infrastructures d’alors un puits (repère sur la Route Impériale), à peine quelques dizaines de maisons en banco, restées après la destruction du faubourg par les déluges de l’inondation provoqués par les pluies diluviennes qui se sont abattues durant les années 50, un aérodrome de fortune construit pour la circonstance et quelques bâtiments administratifs pour installer la nouvelle administration.

Dans ces conditions, rien ne prédestiner Nouakchott comme Capitale si ce n’est la volonté d’un seul homme : Maître Mokhtar OULD DADDAH, et de quelques cadres chevronnés, qui incarnaient la volonté de tout un peuple qui prescrivait l’indépendance de cette nation, contre vents et marées et avec la ferme détermination de bâtir une Capitale à partir de rien.

C’est aussi un symbole de liberté retrouvée, car en réalité personne ne misait sur son futur  statut de Capitale d’une Nation naissance en dehors de ses fils. Il fallait donc donner à cette nouvelle capitale, un fondement, un socle solide et une population, un aéroport et des infrastructures comme dans toutes les Capitales africaines, qui jouissaient de tant d’avantages, légués par le colonisateur français.

Et l’histoire retiendra que la République Islamique de Mauritanie fut le SEUL Etat africain devenu indépendant sans aucune infrastructure, sans aucune route, sans barrages, sans aucune administration active cédée par le colonisateur, tout est à faire à partir de zéro, il fallait donc jeter les bases de cette nouvelle capitale sur les débris d’un faubourg que seuls les chevaux pouvaient y chasser leur proie.

L’objectif principal à la veille de cette indépendance est d’accordé à ce pays un semblant de Capitale, comme ce fut pour l’Etat lui-même, il fallait lui trouver une âme. Cette âme-là, se sont ses dunes désertiques reconverties en chantiers, ses espaces dépourvus de toute nature humaine, ou animale et pourtant de ce désert, de cette nature indomptable  a surgi  NOUAKCHOTT, elle en est sortie glorieuse, flamboyante avec ses vastes avenues, ses édifices publiques et son administration tout cela grâce à la volonté de son peuple et ses dirigeants.

Les autorités avaient encouragé le peuplement de la ville, par le déplacement des populations de l’intérieur pour s’installer dans des quartiers qui furent construits, des hommes et des femmes, des vieillards et des enfants, des éleveurs du Walo, des nomades du désert constituèrent les premiers habitants de notre symbole d’indépendance : Nouakchott, où les autochtones de la ville contribuèrent à l’évolution de la ville, de partout les mauritaniens se dirigeaient vers cette nouvelle ville qu’ils appelaient ‘’CAPITALE’’ tout court.

Du Sénégal, et des pays voisins ; des mauritaniens sont revenus, ils étaient décidés à participer à la construction nationale, de même que des étrangers désireux de contribuer à l’épanouissement de cette nouvelle nation, étaient venus s’invertir pour faire émerger Nouakchott du néant et pour lui donner cette âme afin de devenir une Capitale. Des constructions émergées du sable, çà et là, comme des champignons, dès la première année de l’indépendance.




L’Auteur.