jeudi 23 août 2012

ÉVÉNEMENTS DE MAI 1968 A ZOUERATE, Mauritanie.


ÉVÉNEMENTS DE MAI 1968 A ZOUERATE, Mauritanie.

En retraçant aujourd'hui la rétrospective de événements qui ont ébranlé les Mines de Zouérate, c'est un but de permettre aux mauritaniens et surtout à la génération d'après les années 68 de revivre ces moments douloureux que tout un peuple semblait oublié, bafoué et même ignoré complément. Et pourtant des ouvriers sont morts pour une cause noble et juste en défendant leur juste cause.

Ce drame que j'appelle "national" que certains intellectuels avaient laissé passé sous silence, durant les trois dernières décennies et qu'une sensibilité politique d'alors connue sous la bannière du PKM avait naturellement dénoncé sans jamais mettre en cause les valeurs intrinsèques des ouvriers et des travailleurs de la société Miferma.

Ce chapitre, c'était la consécration du premier mouvement contestataire des ouvriers des Mines de Zouérate que la société des Mines de Fer de Mauritanie (MIFERMA) exploitée depuis son installation en 1953. C'était aussi un mouvement qui disait long sur son cheminement, c'est enfin une image d'un passé historique où des ouvriers ont certes perdu leurs vies pour une cause qu'ils jugeaient juste et noble., c'est en tout cas leur principal objectif.

Ces ouvriers et manœuvres défendaient leurs intérêts face à une société étrangère, qui exploitait le bien de toute une nation, de tout un peuple et qui bafouait celui de ses travailleurs avec la complicité avouée de quelques syndicalistes chevronnés, désireux de servir leurs intérêts égoïstes au détriment de celui des ouvriers et des travailleurs de la Miferma.

Beaucoup de monde comprenait la portée des revendications des travailleurs des mines et surtout la portée de cette action qui ébranlait et pour la première fois les Mines de Zouérate en ces temps inoubliables.

Naturellement les facteurs qui sont à l'origine de cette situation étaient visibles et personnes ne pouvaient les ignorés, quelque soit le prétexte avancé ou le motif exposé.

Il s'agissait d'ouvriers se trouvant dans les confins du désert et travaillant dans des conditions difficiles, et n'ayant aucun contact avec le monde extérieur qu'à travers le seul moyen de transport minier "le train minéralier" qui allait et revenait à Zouérate embarquant et débarquant le fer à Nouadhibou et qui servait en outre au transport des ouvriers allant en période de vacances ou de congés vers leurs lieux d'origine.

Ces travailleurs travaillaient dans des conditions difficiles bien que certaines conditions élémentaires existaient face à la pression de quelques intellectuels parmi le personnel de la Société qui défendaient en connaissance de cause leur "droit".

Devant de telles revendications des intellectuels, la Miferma ne pouvait pas fermer les yeux , il fallait satisfaire quelques unes de ces revendications afin d'éviter des arrêts de travail, susceptibles de perturber la production de la Société et les engagements auprès des partenaires européens.

Ces évènements dont la porté avait une signification particulière au regarde la réalité quotidienne des travailleurs, des ouvriers de la seconde classe (indigènes) au sein de la Miferma.

C'était par ailleurs, une véritable déchirure entre les ouvriers et les responsables syndicaux d’antan, ces derniers  étaient les principaux complices de la société Miferma au détriment des intérêts des travailleurs de la société.

C'était aussi, une manière arbitraire de bafouer les intérêts de ouvriers et que ces derniers voulaient faire échouer par tous les moyens de bordn c 'est enfin, une façon de défendre leurs juste cause et de ne pas accepter d'être souillé dans leurs droits par quelques éléments au service de la Miferma.

LE FIASCO :

C'était un certain mercredi 29 mai 1968 aux environs de 17 heures 30 à l'ouest de l'école de la Cité Africain et aux environs du four, juste à l'extrémité sud-est des logements M4 et de l'ancienne polyclinique où devait se déroulèrent ces évènements sanglants et sur lequel fut (aujourd'hui) construit la nouvelle polyclinique de Zouérate, elle fut bâtie sur le lieu même du massacre odieux des ouvriers de la MIFERMA en ce jour du mercredi 29 mai 1968 et sous mes yeux car la première victime n'est autre que mon ami et frère Youba Ould TOUEIZIGUI.

Cette clinique bâtie sur le sang des martyrs a marqué à jamais l'esprit de chaque ouvrier, de chaque citoyen, de chaque enfant ayant vécu ces mouvements, de chaque maman ayant perdu un enfant ou d'un père lors de ces redoutables évènements innommables et furent beaucoup de victimes tant des ouvriers que des écoliers dont l'école était une cible appropriée car les ouvriers étaient barricadés aux alentours de l'école pour éviter les tirs des soldats, alors que les élèves effrayés ne savaient que faire et fuyaient aux dénotations des tirs, ce qui provoquât la panique générale aux environs des lieux de massacres tant du côté des ouvriers que des habitants et des élèves de l'école.

Ce mouvement générale de grève que menaient des centaines d'ouvriers et auquel, nous participions curieusement comme tant d'autres jeunes, proches parents, fils, frères ou cousins des ouvriers et qui furent impliqués dans cette aventure désastreuse.
 
J'étais accompagné de cet ami venu incognito non pas pour participer à ce mouvement de grève qui durait depuis presque une dizaine de jours, et nous étions au premier loge au moment où les premiers tirs de sommations se convertirent en tirs réels sur les manifestants, obligeant les uns et les autres à se dresser comme un homme n'ayant comme arme que des jets de pierres.

C'est à cet instant que le jeune Youba fut parmi les premières victimes de cette journée sanglante.

LE SCENARIO DES ÉVÉNEMENTS :

17 heures 10 les premiers éléments de para-commandos de l'armée nationale, appuyés par la gendarmerie et la police venus la veille et qui avaient ceinturés à l'intérieur de la cité ouvrière les quelques grévistes; les militaires furent surpris par la rapidité des actions spontanées menées par les éléments des ouvriers  et leur présence sur les lieux qu'ils étaient censés contrôlés et que les ouvriers avaient prix d'assaut aux premières lueurs matinales.

En effet, les éléments des para-commandos avaient pour mission de maîtriser les grévistes dans leurs cantonnements, c'est-à-dire dans la cité minière afin d'éviter un affrontement direct avec les expatriés français qui étaient soumis depuis d'ailleurs le début du mouvement à un régime exceptionnel de survie. Il était cantonnés dans leurs villas, ne pouvant ni sortit, ni recevoir de la visite encore moins s'approvisionner en denrées alimentaires à l'économat de la place, sachant que les ouvriers grévistes les guettés pour les agressés.

Entre temps, la quasi-totalité des ouvriers avaient reçu du Comité de Crise l'ordre de quitter la cité à la veille de l'arrivée des renforts de l'armée nationale et de s'éparpiller dans la nature pour éviter d'être coincés ou d'être privés de tout mouvement, ou de sortir, ou pris de court par la présence spontanée des militaires et éventuellement la tournure des évènements.

17 heures 20 les Autorités civiles et militaires ainsi que les membres du Comité de Crise ainsi que les représentants de l'Union des Travailleurs de Mauritanie palabraient afin de trouver une issue à la situation qui s'enlisait davantage.

Au gré de l'humeur des uns ou des autres, sur-agité par l'ampleur de la situation, les nerfs tendus des militaires qui la veille l'un de leurs, un sous-officier blessé au bras suite aux jets de pierres, au moment des escarmouches survenus entre ouvriers et soldats sur le macadam menant aux Services Généraux et sur lequel, les grévistes avaient exposé deux ânes sous forme de guignols couverts de caricatures représentants les physionomies du secrétaire général de la section syndicale et le délégué des ouvriers à la solde de la Miferma.

Partout on pouvait contempler les éléments de la gendarmerie, de l'armée nationale et de la police armés jusqu'aux dents et prêts à la charge en face des centaines d'ouvriers, de manœuvres et même des populations de la cité venus apportées leur soutien aux grévistes, tout aussi prêts à la riposte et qui n'avaient que des pierres entre les mains ou quelques bâtons pour se défendre en cas de besoin.

Sur le plan conflictuel, les démarches butent toujours sur la mésentente entre les représentants de la Société, les Autorités et les représentants des ouvriers. 

Ainsi les pourparlers n'aboutissaient pas à grand chose, les représentants de la société cherchaient une issue acceptable, les militaires voulaient en découdre avec les ouvriers qui à leurs yeux devraient cesser immédiatement la grève sans conditions préalables.

Ils demeuraient ainsi dans une impasse totale et aucun commentaire ne filtrait des rumeurs qui parvenaient aux ouvriers.

Le temps passe, en face les grévistes attendent sous une chaleur accablante l'issue de ce duel, de l'autre côté les militaires tantôt juchés sur leurs automitrailleuses, tantôt faisant les cents pas, surveillant les mouvements des grévistes d'un lieu à l'autre, respectant ainsi les consignes du Comité de Crise jouant la carte de "troubles fête".

A suivre...


      

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